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mardi 10 mars 2015

Un rescapé de La Méduse : mémoires du capitaine Dupont, 1775-1850




Tout le monde connaît le très célèbre tableau de Géricault Le Radeau de la Méduse. Pourtant je dois bien avouer que je connaissais très mal l’événement qui a inspiré cette toile à Géricault. C’est donc avec curiosité et grand intérêt que je me suis plongée dans les mémoires du capitaine Dupont, un des 10 rescapés du radeau.

Les mémoires se composent de deux parties. La première est consacrée aux premiers temps de la carrière militaire du capitaine Daniel Dupont. A cette époque, nous sommes au lendemain de la Révolution. Après quelques combats contre les Vendéens, Daniel est envoyé dans les Antilles. C’est à présent l’empire et la France est en guerre contre les anglais. L’un et l’autre se disputent les îles à sucre et le jeune soldat s’y illustrera brillamment.  Le fraîchement nommé capitaine Dupont sera d’ailleurs constitué prisonnier et renvoyé en captivité en Angleterre où l’on constate qu’il vaut vraiment mieux être officier que simple soldat.
J’ai trouvé cette première partie peu intéressante. L’auteur nous présentant ces mémoires nous met bien en garde sur l’évolution du style du capitaine de la 1ère partie à la 2ème. Et effectivement, la 1ère partie n’est que bribes de phrases et surtout énumération sans fin ni intérêt de tous les lieux par lesquels le jeune soldat est passé. Rares sont les informations sur son état d’esprit et sur la vie quotidienne de ces soldats même si on en a tout de même un léger aperçu. A ce propos, il faut également souligner le travail de l’auteur qui, par ses notes de bas de page, apporte beaucoup de précisions et l’essentiel des informations. Il nous gratifie également de quelques anecdotes amusantes et on apprend par exemple d’où la capitale de la Guadeloupe tire son nom.

Avec la deuxième partie, on entre dans le vif du sujet. On constate comme nous l’avait dit l’auteur que le style du capitaine s’est développé et la lecture en est grandement facilitée.
Après sa libération par les anglais, le capitaine profite d’une permission bien méritée pour revoir sa famille. Le repos est de courte durée car il est aussitôt rappelé afin d’aider à récupérer les comptoirs sénégalais rendus à la France par les anglais.
C’est donc le 17 juin 1816 que le capitaine Dupont et près de 300 passagers aussi bien militaires que civils embarquent à bord de La Méduse chargée de les transporter jusqu’au Sénégal.


 Le récit du capitaine Dupont est très humble, sincère mais pudique, il semble passer sous silence les moments les plus noirs de ce calvaire qu’ont subit les passagers du radeau. De plus, son état le laissant inconscient ne lui a laissé que des souvenirs assez vagues et confus. Ce sont ses subordonnés qui lui narrent par la suite ce qu’il s’est passé pendant ses absences. Il ne fait donc point mention ouverte et claire du cannibalisme comme ont pu le faire Savigny et  Corréard  dans leur propre témoignage. Le passage sur l’épuration reste trop flou et on ne sait pas bien quelle part il y a prise. Encore une fois, les notes de l’auteur apportent beaucoup puisqu’il met en parallèle les différences et similitudes entre les deux récits soulignant leur subjectivité inévitable et la possible influence qu’a eu le récit de Corréard et Savigny sur la rédaction postérieure des mémoires du capitaine.


L’auteur, Philippe Collonge, ne s’en est pas tenu qu’à faire rééditer les mémoires du capitaine Dupont, il a ajouté à l’édition de nombreux documents, gravures et illustrations, cartes et plan du radeau qui permettent de bien mieux s’immerger dans l’époque et de mieux visualiser la situation. On constate ainsi que le radeau de Géricault semble bien étroit en proportions lorsqu’on le compare au schéma du radeau tel qu’il était ( il faisait plus de 20 m de long et avait du transporter environ 150 des naufragés).
En fin de volume, l’auteur poursuit son travail en nous proposant des pages fort intéressantes relatant le devenir des survivants de La Méduse et l’impact qu’a eu le naufrage sur le public et la sphère politique. Philippe Collonge nous rapporte également la petite histoire du tableau de Géricault où l’on apprend que la France n’en voulait pas ! Et pour les moins éclairés sur cette période de l’Histoire comme moi, on trouve en annexes quelques pages sur le contexte historique : la Vendée en 1793 et la situation des Antilles au XVIIIème siècle. L’auteur fait également le point sur les recherches de l’épave, un véritable trésor enfoui puisque la Méduse avait à son bord près de 90000 pièces d’or !

Ouvrage très bien conçu, très riche en informations, les mémoires du capitaine Dupont présentées et commentées par Philippe Collonge constituent un témoignage et un point de vue très intéressant de cette terrible tragédie que fut le naufrage de la Méduse. Lâcheté des officiers, faim, soif, mutineries et épuration organisée ont été le calvaire des passagers du radeau pendant que ceux restés sur l’épave s’entretuaient. Sans l’œuvre de Géricault, que resterait-il aujourd’hui du tragique naufrage de la Méduse ? La mémoire des survivants et on ne peut que remercier Philippe Collonge pour son travail car il faut le reconnaître, ses notes et commentaires représentent l’essentiel de l’intérêt de l’ouvrage bien plus que les mémoires elles-mêmes où le silence de leur auteur sur certains faits et son survol d’autres nous laissent sur notre faim.

Un grand merci à Babelio et aux éditions La Découvrance.


samedi 20 décembre 2014

Le Colloque des Bonobos - Frédéric Lepage


Si la grue était douée de raison,
Elle diviserait les vivants
Entre les grues et tous les autres,
Indistinctement unis dans un seul bloc.
Platon
Le Politique


En son temps, Darwin choquait en montrant que l’être humain et les singes provenaient d’un ancêtre commun.
Malgré ça, l’homme n’a eu de cesse de justifier sa prétendue supériorité sur les autres espèces en se basant sur toutes sortes d’arguments, aussi bien religieux que scientifiques.
Profitant de cette supériorité, l’homme a plié la nature à sa volonté. Il ne s’y adapte plus mais la fait s’adapter à lui, peu soucieux des autres espèces qu’il met alors en danger.
Depuis les progrès de la science ont montré que les chimpanzés et les êtres humains partagent l’essentiel de leur patrimoine génétique jusqu’à plus de 98% d’ADN en commun.
«L'écart génétique entre l'homme et le chimpanzé est bien moins grand que celui qui sépare les deux espèces d'orang-outan», note le généticien de l'évolution Pierre Darlu (Inserm).
Comment continuer alors à affirmer haut et fort que l’homme est le seul être vivant digne de figurer tout au sommet de l’arbre des espèces ? Qu’est-ce qui le différencie des autres ?

Dans son livre, Frédéric Lepage imagine un colloque au cours duquel les chimpanzés sont invités à réfléchir à cette question et à décider si oui ou non ils acceptent d’être considérés comme les égaux des êtres humains.
A travers différents personnages, Frédéric Lepage, auteur et producteur de films documentaires, laisse s’exprimer les pour et les contre reprenant des résultats et conclusions de recherches scientifiques validées par Sandrine Prat paléoanthropologue chargée de recherche au CNRS.

Villeurbanne est un chimpanzé bonobo, cobaye de laboratoire qu’on a laissé sortir afin de représenter ses congénères à la conférence. Il est farouchement contre l’égalité avec l’homme convaincu qu’il est de son importance et de son indispensable rôle dans les progrès de la science pour laquelle il est prêt à se sacrifier. Il est aussi extrêmement satisfait de ses conditions de vie. Utilisé comme mâle reproducteur, il peut féconder toutes les femelles qu’il souhaite sans avoir à combattre un quelconque mâle dominant. Pour lui, c’est le Paradis !
Congo est un autre bonobo venu tout spécialement du continent africain résolu à voter pour la résolution qui ferait des hommes et des chimpanzés des frères. Il est chargé de rédiger son discours inaugural. C’est l’occasion pour lui de réfléchir à des arguments percutants et irréfutables afin de convaincre l’assemblée de voter dans sa direction.
Bianga est une femelle bonobo issue d’une autre zone géographique. Elle doit accompagner celle qui est chargée de les représenter, l’Imprécatrice. Mais ne partageant pas ses vues, elle s’arrange pour la blesser et prendre sa place. Elle aussi, a l’intention de voter pour la résolution. Elle espère que cette égalité garantira la protection de son espèce.

Le colloque est l’occasion d’âpres débats entre nos personnages. Les arguments toujours avancés par les hommes pour proclamer leur supériorité sont passés en revue et réfutés : l’utilisation et la fabrication d’outils ? Les bonobos aussi en ont fait preuve ! Le langage ? Une des leurs a appris la langue des signes et est parvenue à communiquer ainsi ! La station debout ? Les émotions ? Balayés d’une main. Qu’ont donc les hommes de plus qu’eux à présent ?
L’enjeu est important et les esprits s’échauffent. Tentative de corruption, manipulation, intervention d’un groupe « terroriste » composé d’orangs-outans et de gorilles scandalisés d’être laissés de côté, ce colloque se révèle plein de surprises et est très animé. Alternant passages humoristiques, réflexions scientifiques et philosophiques, Frédéric Lepage livre ici un court mais passionnant récit et invite à la réflexion. On y apprend également beaucoup sur les bonobos et les chimpanzés. Dans la même veine que La Planète des Singes, le fait que les animaux soient les protagonistes principaux sollicite notre empathie ( aussi considérée comme une prérogative humaine ) et permet un changement de point de vue bénéfique et efficace.

Un roman original et intelligent pour remettre un peu l’homme à sa place !

Et un grand merci à mon mari qui parvient toujours à me dénicher des petits trésors chez le bouquiniste.





lundi 18 août 2014

American Desperado - Jon Roberts & Evan Wright



« Toute ma vie, j’ai choisi le camp du mal. Personne n’aurait pu me convaincre de faire autrement. Je n’en aurais rien eu à foutre que Dieu apparaisse sur l’autoroute en me disant : « Hé, Jon, c’est moi, Dieu. Laisse tomber le camp du mal, toutes ces conneries, et je prendrai soin de toi. » Pas de danger que ça arrive, j’ai toujours été trop fidèle à Satan. […] Après avoir bossé pour lui toute ma vie, je pense être l’un de ses meilleurs représentants. »

C’est en 1948 au sein d’une famille liée à la mafia que naît Jon Riccobono alias Jon Roberts alias Cocaïne Cowboy. Jon grandit dans le milieu, accompagnant, très tôt déjà, son père mafioso, dans ses tournées. A 7 ans, une scène le marquera pour toujours et déterminera sa vision du monde et sa propre personnalité :

« Je pense que ce meurtre m’a transformé. Dorénavant, mes réactions ne seraient plus celles d’un type normal. […] Mon père avait fait de moi un soldat […] m’avait donné une autre leçon en abattant cet homme devant moi : il m’avait montré que l’impunité, ça existe. Ce n’est pas ce qu’on nous enseigne à l’école. Il n’est pas allé en prison, Dieu ne l’a pas puni en lui emportant une jambe ou en lui collant un cancer ; son geste n’a rien changé au cours des choses. Morale de cette histoire : tout est permis à condition de ne pas se faire coincer. Peut-être la meilleure leçon que j’aie jamais reçue ! »

Adolescent, Jon se lance dans le braquage. Les bagarres de rue, la violence, ne lui font pas peur, au contraire ! N’écoutant que lui-même, Jon finit par déraper et se faire arrêter. Il échappe à la prison en s’engageant pour la guerre du Viêt-Nam. Là où d’autres sont devenus fous devant les atrocités commises, Jon ne ressent rien et reste totalement indifférent. Torturer ne lui procure pas forcément de plaisir mais ne lui cause aucun scrupule non plus. A son retour, il réintègre bien vite le milieu et la « famille » en se chargeant de la gestion d’un ensemble de clubs-discothèques. Il reprend son activité favorite et braque les étudiants petit-bourgeois accros à la drogue.
Impliqué dans une sale affaire d’enlèvement, il doit « disparaître » et s’installe à Miami. Il y intègre les cercles cubains puis colombiens, s’adonnant au trafic de cocaïne et il devient alors un des pivots du cartel de Medellín côtoyant les grands noms du crime organisé américain : Don Ochoa, Meyer Lansky, Pablo Escobar etc…

Evan recueillant les souvenirs de Jon
Evan Wright, journaliste, entreprend de recueillir les souvenirs d’un des plus célèbres criminels que les USA aient connus : Jon Roberts. American Desperado est le résultat de cette enquête et retrace la vie du Cocaïne Cowboy. Plongée abyssale dans les milieux mafieux et du trafic de drogue, l’ouvrage se présente à la fois comme une autobiographie à la première personne et comme un documentaire. La parole alterne entre le témoignage de Jon, ceux de ces anciens acolytes, de sa famille et les interventions de Evan Wright qui profite de ces encarts pour préciser, expliquer certains points mais aussi revenir sur certaines affirmations de Jon remises en cause par des témoignages divergents ou par l’absence de preuves.

Le ton est celui d’un homme extrêmement sûr de lui, qui ne regrette absolument rien et ne cherche nullement le pardon ou la rédemption. Si on peut être amener à le haïr profondément dans les premières pages, on finit par lui trouver un côté attachant. Sa loyauté, sa fidélité à ceux qui ne l’ont jamais trahi, sa capacité à comprendre les revirements de quelques-uns de ses amis et sa réticence à s’en prendre à eux lorsqu’on le lui demande éclairent un peu ce sombre tableau. Il n’en reste pas moins que Jon est un homme violent, parfaitement lucide sur ce qu’il est et ce qu’il fait et très intelligent. Tout au long de son parcours, il a su s’entourer des plus compétents à l’instar d’un Mickey Munday génie du bricolage capable de vous transformer un vieux rafiot en navire furtif de la dernière génération. C’est grâce à ce don pour dénicher les « talents » et à son efficacité que Jon a pu monter rapidement les échelons passant de la simple distribution à la gestion du transport de la cocaïne. Son témoignage permet de découvrir toutes les facettes du trafic de drogue jusque dans les détails explicitant les façons d’opérer, les techniques utilisées, les moyens matériels employés.
On est abasourdi devant l’incroyable organisation et les rouages si bien huilés de cette grande machine criminelle. Les combines pour déjouer la surveillance des autorités permettent à Jon d’avoir longtemps le dessus dans ce que l’on appelle alors « la guerre contre la drogue » des années 70-80. La police, la douane, les garde-côtes, DEA, FBI se font mener en bateau pendant que la CIA travaille à ses intérêts en n’hésitant pas à recruter au sein même du milieu. Jon lui-même devra accepter une mission. D’autres retourneront définitivement leur veste et finiront leur carrière aux services-secrets.

Si on sait que le point de vue de Jon est obligatoirement subjectif et partial, qu’il peut avoir exagéré ou édulcoré certains faits, il nous permet de constater que la réalité atteint voire dépasse la fiction. Sa période ado a des relents d’Orange Mécanique. Son parcours, un mix du Parrain, des Affranchis et de Scarface. Il ne nous épargne rien et nous parle de la même façon autant des scènes glauques et violentes que des anecdotes et péripéties les plus ubuesques. Il n’épargne personne non plus, célébrités, fonctionnaires de police, politiciens, juges, avocats, procureurs. La corruption permet de tout absoudre. Mieux encore, la guerre contre la drogue a permis aux trafiquants du cartel de Medellín de prendre de l’ampleur !

« Ce qui était drôle, c’est que plus la Concurrence arrêtait les trafiquants, mieux c’était pour nous : elle les éliminait du marché.[…] La guerre menée contre la drogue a aidé le cartel de Medellín à contrôler quatre-vingts pour cent du marché américain de la cocaïne. En 1985, il n’y avait plus que nous. […] Merci le gouvernement ! »

American Desperado est une lecture étonnante, intense, instructive. Le Mal inspire beaucoup cinéastes et écrivains. On ne sait pas toujours où s’arrête la fiction. Dans le cas de Jon, il ne s’agit pas de fiction bien que la forme de son témoignage tienne plus du thriller que de la confession. Cette immersion dans la peau et l’âme d’un grand criminel effraie mais passionne. A noter qu'une adaptation ciné est prévue. 

Bref, si vous souhaitez tout savoir sur comment bien frapper un type avec une batte de baseball ou avec un flingue, comment se débarrasser proprement d’un cadavre, comment éviter la prison si vous vous faites pincer, comment utiliser l’aviation militaire et les propriétés gouvernementales pour faire passer de la drogue sur le sol américain, comment contourner les contrôles des douaniers et des gardes-côtes et tout simplement comment vous faire un max de blé au nez et à la barbe des autorités, alors vous savez ce qu’il vous reste à lire.
Bienvenue en enfer !

Un immense merci au RouquinBouquine qui m'a permis non seulement de découvrir ce titre mais qui m'a, en plus, offert le livre et dont je vous invite fortement à découvrir la chaîne Youtube). Et n'oubliez pas l'opération #Un13eNoteCetEte lancée pour venir en aide aux éditions 13eNote !







Cette lecture entre dans le cadre du challenge Pavé de l'été 2014 organisée par Brize avec 701 pages.



mercredi 25 juin 2014

Les cavaliers afghans - Louis Meunier



Les voyages forment la jeunesse.

Nous sommes en 2002. Fraîchement diplômé de son école de commerce, Louis Meunier n’est pas pressé d’intégrer le marché du travail. Il décide de faire une pause et de s’engager dans une ONG. Le voilà prêt à partir en Afghanistan. La veille de son départ, un ami lui conseille la lecture des Cavaliers de Joseph Kessel. Et avant même d’avoir mis les pieds sur le sol afghan, voilà notre jeune aventurier déjà sous le charme de la culture et des paysages qui l’attendent. Une idée fixe germe en lui : partir sur les traces d’Ouroz et devenir tchopendoz.
Quiconque aura lu Les cavaliers de Kessel ne pourra que comprendre Louis et sa soif de découverte. C’était mon cas et j’étais très curieuse de suivre Louis dans son périple et de pouvoir vivre à travers lui ce fabuleux voyage dont m’avait fait rêver Joseph Kessel.

Louis Meunier se rendra à plusieurs reprises en Afghanistan. Chaque partie du récit est dédiée à un voyage. Le premier concerne sa mission au sein de l’ONG et raconte ses premiers pas dans le pays, ses premières difficultés, ses premières rencontres. Il fait connaissance avec le monde du buzkashi et ses tchopendoz, se familiarise avec la culture équestre locale.
Sa mission terminée, Louis rentre en France mais l’appel des contrées sauvages le taraude. Il repart avec un projet bien précis en tête : effectuer, à l’instar d’Ouroz, une expédition à cheval à travers une partie du pays. Muni de laissez-passer, Louis part accompagné de son guide Shams et de 3 chevaux.extrême richesse et diversité des peuples afghans, leur culture, leur mentalité, leur mode de vie au quotidien. Par exemple, il est étonnant de constater les différences du statut des femmes d’une ethnie à l’autre. La curiosité des autochtones envers Louis donne aussi lieu à des situations et des dialogues plutôt cocasses.
Le voyage n’est pas sans risques. Les talibans et des bandits rôdent dans les parages. Les rencontres sont diverses, souvent positives, parfois décevantes et inquiétantes. Mais c’est l’occasion de découvrir l’

Bien que pour un étranger, cette diversité soit perçue comme une richesse, du point de vue local, cette situation créé autant d’occasions de confrontations et est source de racisme. La hiérarchie sociale est très marquée et cloisonnée. La loi du talion et la vendetta règnent, signes de l’absence d’autorité suprême reconnue et capable d’unification.
Louis Meunier explique ainsi l’impact de l’intervention des occidentaux sur la politique et l’économie locale, bouleversant les relations sociales, les coutumes et la tradition. Vus dans un premier temps comme des libérateurs après que les armées occidentales aient renversé le régime taliban, les étrangers sont peu à peu jugés responsables des désordres et ne sont plus désirés. La méfiance voire la haine supplantent la règle d’hospitalité afghane qui veut que la présence d’un étranger soit un honneur pour celui qui le reçoit.
Cette dérive est très visible dans le récit de Louis comme le montre par la suite un grave incident survenu à son guide.

Malheureusement, l’expédition de Louis ne peut être menée à son terme. La vie dans les grands espaces a un prix. Louis doit être expatrié en urgence pour revenir aussitôt comme employé dans une entreprise implantée à Kaboul. Dégoûté de la vie superficielle et consumériste menée en occident, il est bien décidé à réaliser son rêve et devenir tchopendoz. Il intègre alors la première équipe de buzkashi de Kaboul.


Plus qu’un simple récit de voyage, Les cavaliers afghans est le résultat d’une expérience humaine incroyable, celle de s’être immergé au sein d’une population extrêmement diversifiée que seuls l’islam, le cheval et le jeu du buzkashi semblent souder et d’un pays qui n’a connu que la guerre depuis 50 ans. Les différentes rencontres de Louis permettent de connaître le véritable visage de l’Afghanistan à travers des témoignages personnels et des échanges enrichissants. On apprend énormément. J’ai beaucoup aimé vivre cette aventure par procuration, retrouver ces paysages à couper le souffle parsemés des vestiges de l’époque soviétique et des traces de la misère et du trafic d’opium souvent seule alternative pour les paysans appauvris.
Je déplore seulement le peu de détails sur la carte en fin d’ouvrage et l’absence totale de photographies.
Néanmoins, je conseille fortement cette lecture à tous les amoureux de grands espaces, tous les lecteurs éblouis de Kessel et tous ceux qui sont curieux de savoir comment un étranger peut vivre dans un pays en guerre.
Un récit dépaysant et très enrichissant à découvrir !

Un grand merci à Babelio et aux éditions KERO !

L'avis tout aussi enthousiaste de Jérôme.



 Photos : http://www.worldtrailrides.com/carnetsdevoyage/afghanistan-louis-meunier.htm et wikipédia

                                               

Vallée de Bamyan   
Minaret de Jam


dimanche 8 juin 2014

Dans la bibliothèque privée d'Hitler - Timothy W. Ryback



Dis-moi ce que tu lis je te dirai qui tu es.
Je ne sais pas si cet adage se vérifie. Néanmoins, Timothy Ryback a eu l’idée d’étudier le fond de la bibliothèque privée d’Hitler et d’essayer de voir et comprendre en quoi ses lectures ont pu l’influencer.
Hitler était un grand lecteur. Il souffrait pourtant d’un complexe d’infériorité du à sa courte scolarité. Autodidacte, il se forme par les livres. Mais loin de vouloir accumuler des connaissances, il se cherche surtout des appuis, des modèles intellectuels capables d’alimenter et enrichir ses propres idées. En farfouillant ainsi dans les ouvrages qu’a possédé le dictateur, c’est l’origine de l’idéologie nazie que l’on aperçoit.

La bibliothèque d’Hitler n’est pas consultable dans son intégralité. A l’époque, elle était dispersée en plusieurs lieux régulièrement fréquentés par Hitler. Une bonne partie qui était entreposée au bunker est à présent éparpillée aux quatre coins du monde. Heureusement, de nombreux volumes sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis. C’est ce fond documentaire que Timothy Ryback a étudié.
Le seul examen de ce fond manquerait d’intérêt si Timothy Ryback n’avait pas enrichi son travail en l’inscrivant dans l’histoire personnelle d’Hitler et celle du parti nazi. De même, il fait régulièrement intervenir dans son texte les propos du philosophe et critique littéraire  Walter Benjamin afin d’éclairer le comportement d’Hitler en tant que lecteur.

Les premiers chapitres de l’ouvrage de Timothy Ryback traitent de la vie au front d’Hitler pendant la première guerre. L’auteur évoque ses quelques lectures ( des guides touristiques et des ouvrages d’architecture ) mais surtout sa vie et sa personnalité. Son premier et principal mentor, Dietrich Eckart, est également évoqué à travers les lectures qu’il a offertes à Hitler ainsi qu’en lui faisant part de ses idées antisémites. C’est l’époque où Hitler harangue les foules à la brasserie de Munich. Timothy Ryback revient alors sur les querelles qui ont présidé au choix de celui qui serait à la tête du parti, notamment sur celle qui opposa Hitler à Otto Dickel, intellectuel affirmé et auteur de Résurgence de l’Occident. Cet ouvrage, pendant optimiste du Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler, affirme qu’un nationalisme exacerbé associé à un antisémitisme déclaré permettrait à l’Europe de remonter la pente.

On apprend également qu’Hitler était un grand admirateur de Shakespeare. Bien que sa bibliothèque contint très peu de romans fictions, on compte parmi ses préférés essentiellement des romans d’aventure comme celle de Robinson Crusoé, des romans de Fenimore Cooper et de Karl May. A côté de ces quelques fictions, Hitler possédait également les grands classiques de la littérature de guerre : l’ouvrage de Clausewitz, des récits de guerre dont celui de Lüdendorff, des manuels d’histoire, des biographies de grands dirigeants ( Alexandre le Grand, Pierre le Grand, Jules César …). On a également pu retrouver un document rassemblant les titres empruntés par Hitler à la bibliothèque d’un institut d’extrême-droite de Munich. Les lectures choisies sont très éclectiques : œuvres historiques ( sur les révolutions russes par exemple), œuvres sur la religion et la mythologie, œuvres philosophiques ( Kant, Fichte, Rousseau, Machiavel …). Tous les ouvrages antisémites y sont passés et notamment le tristement célèbre Juif international : le problème du monde d’Henri Ford et bien d’autres encore.
Timothy Ryback nous épate aussi en nous montrant la liste des lectures recommandés à tout bon nazi digne de ce nom, liste d’ouvrages qui était remise à tout nouveau membre du parti. On y trouve bien sûr les livres d’Henri Ford, de Dietrich Eckart …

Timothy Ryback revient aussi, dans les chapitres suivants, sur la période d’emprisonnement d’Hitler, ses conditions de détention, ses lectures de l’époque mais principalement sur la rédaction de Mein Kampf, relevant, à l’aide des manuscrits originaux, les hésitations et les corrections apportées au texte par Hitler au fur et à mesure de la rédaction. Il apporte aussi un éclairage intéressant sur la rédaction de ce texte en expliquant quelles lectures faites par Hitler à cette époque ont influencé les idées contenues dans Mein Kampf à l’image de Typologie raciale du peuple allemand de Hans F. K. Günther.
Timothy Ryback s’attarde également sur les difficultés de publication, la réception et l’accueil réservé à Mein Kampf lors de sa sortie puis comment il est devenu un « best-seller ».
On apprend également que Mein Kampf comportait deux autres volumes dont un n’a jamais été édité et dont on a jamais retrouvé le manuscrit.

Ma plus grosse surprise à la lecture de cet ouvrage fut de découvrir qu’Hitler avait emprunté ses idées eugénistes aux américains ! En effet, l’eugénisme est une idéologie qui existait chez les américains bien avant les nazis. Le représentant de ce courant, Madison Grant, a écrit La fin de la grande race en 1916 dans lequel il met en garde le peuple américain contre les dangers de l’immigration et le risque d’extinction de la race blanche, préconisant la stérilisation des éléments inférieurs de la société et autres horreurs du même genre. Timothy Ryback rapporte d’ailleurs que Hitler était entré en relation directe avec Leon Whitney de la société américaine d’eugénisme pour lui réclamer des ouvrages sur la stérilisation etc…

Autres faits évoqués, c’est cette guerre des livres et la tentative d’un ecclésiastique pour diviser les nazis qui m’ont particulièrement intéressée. En effet, en 1933, le chef idéologue du parti nazi Alfred Rosenberg rédige un ouvrage Le mythe du XXème siècle qui déclenche la colère de l’Eglise. Apologie de la polygamie et de la stérilisation forcée, le livre est porté sur les listes d’ouvrages recommandés de l’éducation nationale. Le livre de Rosenberg est mis à l’Index. Enorme publicité ! Le livre explose les records de vente. C’est alors qu’un évêque autrichien a une idée. Remarquant la division des nazis au sujet du livre de Rosenberg, il profite de l’occasion pour tenter de provoquer une véritable scission. Alois Hudal rédige alors Fondements du national-socialisme préconisant d’unir les idéologies nazie et catholique contre un ennemi commun : le bolchevisme. L’effet désiré est obtenu, les nazis sont divisés, la majorité penche en faveur d’Hudal mais les heurts entre les deux factions sont de plus en plus violents et s’étalent publiquement. Hitler doit intervenir et affirmer définitivement sa position.

Plus qu’une simple analyse de l’influence des lectures d’Hitler sur l’idéologie nazie, Dans la bibliothèque privée d’Hitler, c’est aussi l’histoire du parti nazi à travers les livres. La démarche est originale et intelligente et le résultat passionnant. Se basant sur la présence, l’absence, la nature des traces et annotations écrites d’Hitler sur ses livres, Timothy Ryback est à même de proposer une autre histoire de cette époque. Bien qu’il soit souvent contraint à la conjecture plus qu’à l’affirmation, il nous apprend énormément de choses et invite, grâce au renfort de Walter Benjamin, à réfléchir à l’utilité de la littérature. Un ouvrage à découvrir !


dimanche 26 janvier 2014

L'étoile jaune et le croissant - Mohammed Aïssaoui



Pourquoi n’y-a-t-il aucun arabe ou musulman de France ou du Maghreb parmi les Justes ?
Voilà la question que s’est posée Mohammed Aïssaoui et à laquelle il a tenté de répondre dans ce très court ouvrage.
Il s’intéresse alors à la figure de Si Kaddour Benghabrit fondateur de la Grande Mosquée de Paris, figure qui va lui servir de fil rouge durant toute son enquête. Car la légende prétend que la Grande Mosquée aurait servi à abriter plus de 1700 personnes durant cette période obscure de l’occupation allemande.
Documentaires vidéos, archives, témoignages sont les matériaux sur lesquels se base Mohammed Aïssaoui. Cela semble prometteur et pourtant … Les documentaires sont trop peu nombreux sur le sujet et n’ont pas suscité d’intérêt qui aurait permis des enquêtes plus approfondies. Pis ! Les témoins auxquels ils font référence sont aujourd’hui disparus. Il faut retrouver leur famille, des descendants, des proches susceptibles d’apporter leur pierre à l’édifice. Malheureusement, soit on ne trouve personne, soit elles ne savent rien, soit elles refusent de parler.

Petit à petit toutefois, Mohammed Aïssaoui glane quelques informations, quelques anecdotes, qui à défaut de prouver ce qui reste pour l’instant des rumeurs, montre que oui, Si Kaddour a aidé des juifs qui lui avaient demandé sa protection.
Par sa position de diplomate, l’homme avait le bras long et ses interventions ont été salutaires. Son entreprise de récupération de l’hôpital franco-musulman de Bobigny qui était tombé aux mains des allemands a permis de sauver nombre de gens. En effet, l’hôpital et son personnel était un maillon de la Résistance et ont délivré faux papiers et faux certificats permettant ainsi à plusieurs personnes d’échapper à la gestapo.
Mohammed Aïssaoui rencontre également des personnalités et c’est ainsi qu’il nous livre l’histoire des parents de Philippe Bouvard. On croise aussi celle du roi Mohammed V dont la volonté affichée de protéger la communauté juive de son royaume n’est plus à prouver. Et pourtant, aucune trace de lui parmi les Justes.

Pourquoi de tels « oublis » ? Et pourquoi ces réticences face à la démarche de Mohammed Aïssaoui ? Pourquoi cette minimisation de l’action de Si Kaddour par ses successeurs ? L’homme avait semble-t-il de nombreux détracteurs au point d’être accusé de collaboration.
Car, des arabes et des musulmans collabos, il y en a eu. Pour preuve la création de cette légion SS musulmane et de la Brigade nord-africaine très liée avec la Gestapo.

Voilà un petit livre utile qui m’aura appris beaucoup de choses encore une fois sur cette sombre période. Mohammed Aïssaoui rend bien compte de la difficulté du devoir de mémoire confronté à la progressive disparition des témoins, à cette obstination du silence, à ces sources qui se contredisent.
On ressort de la lecture aussi frustré que notre enquêteur. Tout comme lui, on espère trouver les preuves irréfutables, le témoin qui fera toute la lumière. Mais on doit se contenter de ce qu’on trouve.
Petit bémol : la présentation qui suit certes l’enquêteur au fil de ses rencontres mais donne une impression de fouillis. J’aurais aimé quelque chose de plus construit.

Merci à Lise et aux éditions Folio.

mercredi 4 décembre 2013

Nouilles froides à Pyongyang - Jean-Luc Coatalem



Ceux qui me suivent connaissent mon intérêt et ma curiosité pour l’expérience communiste et ses dérives. Le cas de la Corée du Nord, exemple extrême encore d’actualité, m’intéresse particulièrement et lorsque j’ai entendu parler de cet ouvrage de Jean-Luc Coatalem, je me suis empressée de me le procurer. Une hâte bien inutile au regard de ce que j’ai pu retirer de cette lecture, c’est-à-dire pas grand chose.

Jean-Luc Coatalem est rédacteur en chef adjoint au magazine GEO. Pour la rédaction d’un article sur la Corée du Nord, il décide de s’embarquer à destination de l’autre pays du matin calme en se faisant passer pour un professionnel du tourisme. Cet ouvrage raconte son séjour, un séjour bien décevant puisque dès le pied posé sur le sol nord-coréen, Jean-Luc Coatalem et son compagnon de voyage sont immédiatement pris en charge par des agents du Parti chargés de les escorter en permanence.

Le séjour est programmé du début à la fin et nos deux voyageurs ne pourront voir que ce qu’on voudra bien leur montrer, et parfois même moyennant des sommes astronomiques. Discours formatés et propagandistes et visites artificielles et orchestrées uniquement à leur attention se suivent et se ressemblent. Le paysage morne, les paysans et villages décrépis et miséreux défilent derrière les vitres de leur voiture. Pas question de s’arrêter et de s’entretenir avec les autochtones. Tout contact avec les occidentaux leur sont interdits sous peine de sérieux ennuis. La recherche d’un minimum de confort est inutile, eau coupée, repas sautés ou, lorsqu’ils ont lieu, frugaux et douteux à l’extrême.
Bref, de l’aveu même de l’auteur, on apprendra rien de plus sur la Corée du Nord que l’on ne sache déjà.

« Et je m’interroge : pourquoi être venu au pays de la nuit noire ? Pour publier un « voyage » de quinze mille signes ? Afin de livrer quelle information sur cette région de frappés qui ne soit pas déjà connue ? A quoi je joue ? A me faire peur ? »

L’intérêt de l’ouvrage résidera donc plus dans les réactions et le comportement des voyageurs. Les tentatives de Jean-Luc Coatalem d’échapper à ses « gardiens » font sourire. « Monsieur Jean » est bien trop turbulent ! Son escapade au musée des Beaux-Arts est même plutôt amusante. En dehors donc des visites convenues et des rares fois où Monsieur Jean tente de se jouer de la surveillance de son escorte, c’est plutôt l’ennui qui règne. Un ennui que nos voyageurs tentent de combler par des moments de lecture que l’auteur nous fait partager. On a donc le droit à un magnifique spoiler intégral du roman Mardi de Melville. Je vous avoue que j’ai failli abandonner ma lecture et que je l’ai poursuivie en diagonale uniquement pour lire les passages relatifs à Mardi.

Pour le reste, la situation politique et économique de la Corée du Nord est brièvement traitée. Forme de l’ouvrage oblige, l’auteur ne nous épargne pas ses commentaires et réflexions. Les Kim en prennent pour leur grade mais le ton bien trop moqueur de l’auteur m’a agacée. Et lorsqu’il ne peut voir de ses yeux, il se permet alors un peu trop de suppositions et spéculations. L’auteur se répète aussi un peu trop souvent et la lecture devient lassante.
A la question « Faut-il rire ou bien pleurer ? » qui clôt l’ouvrage, Jean-Luc Coatalem a choisi le rire, un humour lourd presque nerveux comme pour compenser l’effroi mais qui m’aura plus souvent gênée qu'amusée.

Un compte-rendu de voyage donc tout en subjectivité qui ne vous révélera rien d’extraordinaire sur ce mystérieux pays mais qui donne un aperçu du malaise que peut ressentir un occidental immergé dans ce milieu hostile à l’atmosphère pesante.
En revanche, pour ceux qui ignoreraient encore tout de la situation en Corée du Nord, cet ouvrage serait une excellente introduction.


jeudi 19 avril 2012

Le Roman des aventuriers - François Cérésa



4ème de couverture :

L'aventure est un mot aux mille facettes.
Où commence-t-elle, où finit-elle? Un homme d'aventures est un aventurier, une femme d'aventures une femme galante. Mais on peut aller à l'aventure, tenter l'aventure, avoir le mal d'aventures, dire la bonne aventure, se retrouver d'aventure... D'Ulysse à Errol Flynn, d'Athos à Pierre Loutrel, de Tintin à Joseph Kessel, sans oublier Mary Read, Anne Bonny et Karen Blixen, ce Roman des aventuriers dresse le portrait piquant de ces héros d'hier et d'aujourd'hui qui ont décliné le mot "aventure" à toutes les sauces, à toutes les époques, sur toutes les mers et tous les continents.

Mon avis :

Lorsque j’ai vu ce livre dans les partenariats proposés par Livraddict, je me suis ruée dessus. Les grands aventuriers m’ont toujours fascinée et je souhaitais en apprendre plus. Et puis, l’idée d’évoquer aussi des aventuriers fictifs était amusante également. J’ai donc ouvert ce roman avec grand enthousiasme.

Mais dès les premières pages, j’ai senti la catastrophe arriver. Je m’attendais en fait à une sorte d’essai avec des biographies solides des personnages présentés, bref quelque chose d’assez scolaire à vrai dire. Les innombrables références cinématographiques ( qui ne m’évoquent rien pour la plupart) ainsi que le style lourd aux jeux de mots sans fin m’ont fait reposer le livre au bout du premier chapitre.
Je pensais en rester là et puis, conscience de blogueuse oblige, je l’ai tout de même repris non sans appréhension.

Et finalement j’ai poursuivi ma lecture avec plaisir.

Dans les chapitres où les références cinématographiques sont moins nombreuses, je me suis régalée.
J’ai appris beaucoup de choses notamment sur les deux femmes pirates Mary Read et Anne Bonny que je ne connaissais que de nom, sur les grandes figures de l’Ouest américain même si, tout comme une camarade blogueuse, je déplore l’absence des grandes figures indiennes. J’ai beaucoup aimé aussi le chapitre sur Le Caravage un de mes peintres préférés, bien entendu je n’ai rien appris cette fois car je connaissais déjà bien le personnage mais la façon de raconter de l’auteur m’a beaucoup amusée. J’ai découvert également le personnage de Fournier dont j’ignorais totalement l’existence ! Moi qui ne porte pas Napoléon dans mon cœur, je dois dire que ce personnage m’a particulièrement plu. Ce que j’ai moins aimé dans le traitement du chapitre qui lui est consacré, c’est que l’auteur entre trop dans les détails, trop de noms de personnes, trop d’insistance dans le récit des batailles. Bref, pour savourer pleinement cette partie, il faudrait, je pense, maîtriser la période napoléonienne à la perfection, ce qui n’est pas mon cas.
Grâce à monsieur Cérésa, j’ai aussi fait connaissance avec Nellie Bly qui m’a totalement fascinée ! J’ignorais totalement l’impact qu’avait pu avoir le roman de Jules Verne Le tour du monde en 80 jours et qu’on avait cherché à battre le record de Phileas Fogg. Et ce record c’est Nellie qui l’a battu et à 25 ans ! Chapeau Madame ! Et même admiration pour Gertrude Bell et bien d’autres encore.
J’ai beaucoup apprécié la large place faite par l’auteur aux aventurières trop souvent oubliées au profit de ces messieurs. La palette d’aventuriers choisis par l’auteur pour cet ouvrage n’est certes pas exhaustive mais très variée et enrichissante. Loin des aventuriers auxquels on s’attend habituellement ( les Christophe Colomb, Marco Polo etc…), on y trouve des acteurs, des journalistes, des personnages de films et de romans et aussi des écrivains au point que ce livre m’a donné envie d’en lire beaucoup d’autres !

Encore une fois, la seule chose que je reproche à cet ouvrage, c’est l’omniprésence du cinéma. Je n’y connais rien en ce domaine et ça m’a un peu gâché mon plaisir par moments.
En tout cas, j’ai énormément appris grâce à cet ouvrage. Finalement, une présentation scolaire m’aurait certainement ennuyée. Le choix de l’humour et d’un parler sans langue de bois était risqué mais s’est avéré payant pour moi. La lecture était ainsi plus fluide comme si on me racontait l’histoire à l’oral.
Brosser le portrait d’un aventurier en 3-4 pages ne doit pas être chose aisée mais Monsieur Cérésa s’en est tiré avec brio.
C’était donc un ouvrage exigeant par son style et son érudition mais qui m’a fait voyager dans le temps et dans l’espace. Je suis revenue de mon voyage enthousiasmée malgré les difficultés du départ.
Et plus qu’une galerie de portraits, c’est aussi un livre qui invite à réfléchir et à se demander pourquoi l’aventure attire tant. Qu’y recherche-t-on finalement ?

En guise de réponse, j’ai retenu cette citation que je trouve très belle et très juste :

« La véritable aventure est un match perdu d’avance contre la misère et la solitude. »

Je remercie infiniment Livraddict, les éditions du Rocher et Monsieur Cérésa pour cette bien belle aventure qui se sera achevée trop vite à mon goût.

Journal 1955-1962 - Mouloud Feraoun



Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie oblige, je me suis replongée dans cette période douloureuse de notre Histoire.
Nombre de magazines ont consacré un numéro spécial ou un hors-série à la guerre d’indépendance pour l’occasion et j’ai particulièrement apprécié la démarche du magazine L’Histoire qui a été plus loin encore en proposant de retracer toute l’histoire de l’Algérie, des Berbères à l’indépendance. Je conseille d’ailleurs vivement ce numéro.

Après m’être donc rafraîchie la mémoire grâce à ces revues, j’ai entamé la lecture d’un ouvrage très bien fait lui aussi : Histoire de la guerre d’indépendance algérienne de Sylvie Thénault. Un ouvrage fort utile car non seulement il retrace les principaux événements mais il fait aussi le point sur la recherche et l’historiographie relatives à ce sujet épineux. En effet, à chaque fois que je lis quelque chose sur la guerre d’Algérie, je me pose sans cesse la question de savoir si c’est réellement objectif. A l’heure actuelle, on peut penser que oui mais il y a peu de temps encore, les soldats français n’avaient qu’entendu parler de la torture mais ne l’avaient jamais vue. Comprendre : la torture n’avait été qu’un fait occasionnel, un dérapage. Or, la recherche a depuis montré que la torture avait fait partie du quotidien des combattants d’Algérie.
Afin de pouvoir me faire une opinion sans avoir à subir la vision franco-française, je me suis tournée vers un algérien, un écrivain algérien de grand talent dont j’ai déjà lu un des titres (chroniqué ici), Mouloud Feraoun.
Mouloud Feraoun a écrit un journal dans lequel il relate ce qu’il voit, ce qu’il lit, ce qu’il entend pendant cette période de guerre.
Avoir le point de vue d’un témoin des événements et voir comment il les a vécus et interprétés, voilà ce que j’attendais de ce journal.

Mouloud Feraoun était instituteur, il faisait partie de ces algériens qui ont eu la chance d’occuper un poste « à égalité » avec les colonisateurs. Dans ce journal, il raconte donc son quotidien d’enseignant dans une petite école de Kabylie puis à Alger jusqu’à son assassinat par un commando de l’OAS deux jours avant le cessez-le-feu du 17 mars 1962.
A travers son journal, on découvre un homme sans aucune haine à l’encontre des français mais comme tout algérien, il est évidemment pour l’indépendance de son pays et contre cette domination injuste qu’ont exercée les français depuis leur arrivée sur le sol algérien. Bien qu’ayant eu lui-même une position privilégiée en tant qu’instituteur, tous ses compatriotes étaient loin d’être logés à la même enseigne.

Et c’est un homme un peu tiraillé entre deux camps qui se déchirent qui se livre à nous. A travers sa plume, on assiste au quotidien des habitants de Fort-National, aux après-midis aux rues désertes, aux portes de la ville fermées, aux fouilles, aux soldats qui tirent sur ceux qui s’enfuient, aux gens qui se cachent le cœur battant derrière leurs volets clos.
Dans les petits villages de Kabylie, on craint leur arrivée. Français ou combattants du FLN, on les craint tous. Ce que les uns laissent, les autres le prennent. Du côté FLN, la loyauté se paye en nourrissant et en hébergeant les partisans. Au risque de représailles. Quand la nuit tombe, on retient son souffle, on ne dort pas, on a peur d’entendre frapper à la porte. Et si on se fait attraper, on parle, on avoue tout, des actes dont on a même pas entendu parler, on avoue.
Au matin, lorsqu’on sort de chez soi, on peut tomber sur un ou plusieurs cadavres. En général, on les connaît. On se demande « à quand mon tour ? ».

Le FLN ordonne à tous ceux qui travaillent avec les français de ne plus se présenter à leur poste. Que faire ? Qui craindre le plus ? Finalement, on se range du côté des siens.
« Oui, je me battrai parce que j’ai vécu dans ce pays que je crois être le mien. »
Ce qu’on pense du FLN ?
« Tout le monde comprend que « les frères » ne sont pas infaillibles, ne sont pas courageux, ne sont pas des héros. Mais on sait aussi qu’ils sont cruels et hypocrites. Ils ne peuvent donner que la mort mais, eux, il faut tout leur donner. Ils continuent de rançonner, de réquisitionner, de détruire. Ils continuent de parler religion, d’interdire tout ce qu’ils ont pris l’habitude d’interdire et ce qu’il leur chante de nouveau d’interdire. Il faut les appeler « frères » et les vénérer comme des dieux.[…]
Il arrive parfois qu’un pauvre bougre, dont les nerfs lâchent subitement, soit atteint d’une espèce de folie lucide et se mette à parler, parler, parler. A la djema, au café, partout, il dit ce qu’il pense de ses « frères ». Et les gens le regardent effarés et apitoyés, car ils savent qu’il n’y a plus rien à faire pour qu’il se taise. Et dans un sens, ils ont plaisir à l’écouter puisque, ce qu’il dit, il le lit dans leur cœur. »

En lisant le journal de Mouloud Feraoun, c’est un témoignage plein d’humanité servi par une plume magnifique que l’on lit et grâce auquel on comprend que les algériens ne cherchaient que deux choses : avoir les mêmes droits que tout le monde et vivre en paix.
J'espère, avec cette chronique, avoir su rendre hommage, même modestement,  à cet écrivain de talent et cet homme que j'admire énormément.
Un document et un auteur à découvrir absolument.


vendredi 8 juillet 2011

Ebène. Aventures africaines - Ryszard Kapuscinski



L'auteur fait un condensé de ses diverses expériences vécues au cours de son travail de reporter envoyé spécial en Afrique pour le compte d'un journal polonais.
Ce livre est donc un récit de voyage mais aussi un véritable document d'Histoire puisque l'auteur nous retrace les évènements de la décolonisation à aujourd'hui tels qu'il les a vécus. Il nous parle aussi de la culture et de la mentalité africaines si différentes de la nôtre, il nous explique ces différences, par exemple, la notion de temps n'est pas la même en Afrique qu'ici. Les distances se comptent en temps de parcours et non en kilomètres ( les routes et les aléas de voyage sont imprévisibles, par conséquent il est impossible de savoir combien de temps prendra un trajet, 50 kms ne signifient rien en tant que tels, on peut mettre 2 heures voire une journée entière pour les parcourir). Un autre exemple : une anecdote racontée par l'auteur, devant se rendre à un lieu bien précis il choisit de prendre le bus, il monte dans ce bus et demande au chauffeur à quelle heure est le départ. Le chauffeur lui répond en riant que le bus partira quand il sera complet et que ça peut prendre longtemps ( et effectivement le bus ne partira que 2 heures après).
L'auteur nous parle aussi de la vie en Afrique, de ses difficultés, de la faim qui tenaille, du paludisme qui terrasse, l'auteur l'a d'ailleurs attrapée et il nous raconte son calvaire.
Bref, ce livre est une véritable immersion au coeur du continent africain. C'est un régal de lecture, on apprend beaucoup et notamment que , lorsque l'on voyage, il faut laisser sa culture et sa mentalité de côté et s'imprégner de celle du pays où l'on est car là est la véritable richesse.