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samedi 5 janvier 2013

Le Rocher de Tanios - Amin Maalouf



Présentation de l’éditeur :

"Le destin passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne." Pour Tanios, enfant des montagnes libanaises, le destin se marque d'abord dans le mystère qui entoure sa naissance : fils de la trop belle Lamia, des murmures courent le pays sur l'identité de son vrai père. Le destin passera de nouveau, dans ces années 1830 où l'Empire ottoman, l'Egypte, l'Angleterre se disputent ce pays promis aux déchirements, le jour où l'assassinat d'un chef religieux contraindra Tanios à l'exil... Mêlant l'histoire et la légende, la sagesse et la folie des hommes, le romancier de Léon l'Africain et du Premier Siècle après Béatrice nous entraîne dans un prodigieux voyage romanesque qui lui a valu le prix Goncourt 1993.


Mon avis :

A cours de livres pendant mes vacances de fin d’année, je me suis rabattue sur la bibliothèque de mon papa qui a la merveilleuse habitude de collectionner les prix Goncourt. Ne connaissant toujours pas Amin Maalouf, j’ai donc jeté mon dévolu sur Le Rocher de Tanios.
Et je ne le regrette absolument pas !

La construction du récit est originale, la plume de l’auteur est fluide et sans fioritures et le sujet ne pouvait qu’attiser ma curiosité.
Dès les premières pages, le lecteur mord à l’hameçon que lui tend Amin Maalouf : d’où vient donc cette étrange légende qui interdit à quiconque de s’asseoir sur le rocher de Tanios sous peine de disparaître ?
C’est ce que le narrateur va chercher à savoir. S’appuyant sur la mémoire d’un ancien du village et sur des documents historiques, il fera revivre l’histoire de son village au XIXème siècle. Attention car l’auteur précise bien que ces sources historiques et la légende en question sont purement fictives bien que le récit soit basé sur un fait réel. Mais pourtant, le talent de l’auteur fait que l’on y croit malgré tout.

J’ai donc été charmée par ce roman aux allures de conte avec en toile de fond le conflit entre l’empire ottoman et l’Egypte, conflit arbitré par les puissances européennes qui cherchent leur part de gâteau. L’influence britannique et sa concrétisation sur le terrain dont Amin Maalouf nous dévoile certains aspects est particulièrement intéressante. Les enjeux de pouvoir et la lutte entre les différentes hiérarchies de la politique locale sont expliquées de façon très simple et j’ai beaucoup apprécié cette imbrication du récit fictif dans un contexte historique réel. Sous ses allures de conte , c’est donc une parcelle de l’histoire du Liban qu’illustre ce roman.

Les personnages sont attachants et tous profondément humains, l’importance accordée à l’honneur est bien mise en évidence et sert de fil rouge tout au long du récit, chaque personnage cherchant à le défendre et à garder tête haute en toutes circonstances mais est contraint malgré lui de subir son destin et les épreuves qu’il lui impose. Quête d’identité, amour et exil attendent Tanios et bien d’autres personnages. C’est donc aussi toute la mentalité d’un peuple attaché à ses croyances, à ses traditions et à sa terre qui nous est montrée que ce soit dans ses travers ou dans sa grandeur.

Le roman est court et s’engloutit rapidement. Une fois en main, j’ai eu du mal à le reposer prolongeant ma lecture jusqu’aux petites heures du matin.
Bref c’est un très beau voyage auquel nous invite Amin Maalouf et je suis prête à repartir en sa compagnie à tout moment.


vendredi 10 février 2012

Beyrouth Canicule - Djilali Bencheikh



4ème de couverture :

Années 70.
Palestiniens et Israéliens se livrent une guerre sans merci : prise d'otages de Munich, coups d'éclats de Septembre Noir... A Paris, Kamel, étudiant algérien idéaliste et bon vivant, s'engage auprès de compatriotes militant pour la démocratie en Algérie. Comme eux, il se sent solidaire de la cause palestinienne. Aussi, lorsque le charismatique chef du mouvement l'investit d'une mission secrète au Liban, se voit-il incapable de refuser.
Mais Kamel à Beyrouth, c'est un peu Candide au pays du Cèdre. La valise orange à double fond est bien trop voyante pour ne pas être repérée... Pris dans la tourmente d'un pays au bord de l'explosion, ballotté au gré de rencontres déconcertantes ou d'enjeux politiques qui le dépassent, Kamel vogue de galères en surprises. Quand la fiction se frotte à la réalité, les tribulations d'un Algérien à Beyrouth nous promènent dans les coulisses de l'Histoire.

Mon avis :

Beyrouth Canicule raconte les péripéties d’un jeune étudiant algérien qui se retrouve embarqué pour une mission assez risquée et … qui ne tourne pas comme prévu. On suit donc Kamel dans cette incroyable aventure. Kamel, l’étudiant engagé qui défend ses idées en militant mais de façon exclusivement pacifiste. Et notre héros qui, jusque-là ne faisait qu’écrire des papiers et coller des affiches, se voit confier une mystérieuse valise qu’il doit acheminer au Liban.
Ce récit m’a très agréablement surprise et je l’ai dévoré ! Le récit à la première personne a fait que je me suis tout de suite plongée dans cette aventure. Les traits de caractère de Kamel font aussi  que je me suis facilement identifiée à lui.
Je connaissais assez mal le contexte au début de ma lecture. La prise d’otages de Munich, Septembre Noir ne m’évoquaient que très peu de choses. Grâce à ce roman, j’ai pu ainsi me plonger dans la situation géo-politique relative au conflit israelo-palestinien des années 70. Kamel, en tant qu’algérien, se situe du côté pro-palestinien et on découvre en même temps que lui les conditions de vie des palestiniens exilés au Liban et celles de ceux qui se sont engagés dans la lutte armée.
Mais ne nous méprenons pas. Kamel n’aura jamais à user de la violence. Le récit ne fait que relater ses mésaventures libanaises entre paranoïa, angoisse et humour. La situation vire parfois au très cocasse. Le plus amusant c’est que, finalement, il ne se passe pas grand chose mais Djilali Bencheikh a eu le talent nécessaire pour maintenir le suspense et une certaine tension qui amènent le lecteur à tourner les pages encore et encore avide de connaître la suite.
Je ne me suis donc pas ennuyée un seul instant, je me suis même amusée et j’attendais avec curiosité de voir comment Kamel parviendrait à rentrer en France sans problèmes. Djilali Bencheikh parvient vraiment à immerger son lecteur dans l’histoire et on se prend à devenir aussi parano que Kamel !
L’entrevue entre Kamel et le statisticien à la toute fin du roman est vraiment jubilatoire et j’ai été très admirative du comportement de notre personnage principal ( le « métier » rentre !).
Un récit donc brillamment mené et très intéressant sur le plan historique que je conseille très vivement.