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mardi 5 novembre 2013

L'invention de nos vies - Karine Tuil



Nous évoluons dans une société de plus en plus individualiste et matérialiste. Les maîtres mots sont réussite et performance. Pour beaucoup, il s’agit surtout de réussir socialement, se faire une place, une situation. Avoir un bon emploi et un bon salaire. Avoir une belle voiture, une belle maison, les gadgets électroniques dernier cri. Avoir un conjoint, de beaux enfants dont on exige de beaux bulletins scolaires. Et surtout, on aime particulièrement obtenir l’estime et le respect des autres voire même susciter l’envie.
Nous pensons à tort que le bonheur ne s’acquiert que par cette réussite sociale. Partout, à l’école, parmi nos amis et notre famille, tout concourt à nous donner l’obsession de la réussite. Cette pression est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur notre orgueil et notre vanité.

Dans L’invention de nos vies, Karine Tuil dénonce cette pression permanente et les possibles dérives d’un système qui pousse à la compétition, au formatage et au déni de soi. Elle aborde le sujet sous divers aspects à travers plusieurs personnages aux parcours très différents.

Samir Tahar est issu de l’immigration, il est musulman et son horizon se limite aux cités mal famées. C’est pourtant un brillant étudiant qui a obtenu d’excellents diplômes. Malheureusement ses recherches d’emploi restent vaines. Jusqu’au jour où il postule en ayant modifié son prénom. Le recruteur le prend alors pour un membre de la communauté juive. Samir ne relève pas le malentendu. Pour crédibiliser son appartenance à la religion juive, il s’invente une nouvelle vie. Toute sa carrière, sa vie privée reposeront alors sur une vaste mystification.
Samuel Baron est issu de la bourgeoisie juive. Tout va bien pour lui jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il a été adopté. Il s’éloigne de ses parents, rencontre Nina dont il est fou amoureux puis Samir avec lequel il se lie d’amitié. Samuel semble avoir un destin tout tracé par ses origines aisées, il rêve de devenir un grand écrivain mais la perte de ses parents et la trahison de Nina l’entraînent au fond du gouffre.
Nina est une jeune femme libre et indépendante. Toute sa vie est basée sur ce qui semble être son unique atout : sa beauté. Elle sera la pomme de discorde entre Samir et Samuel faisant alors éclater le trio d’amis.

Autour de ces trois figures centrales du roman gravitent d’autres personnages secondaires et des figurants. Tous participent à la réflexion proposée par l’auteur.

Les femmes, représentées essentiellement par Nina, la mère et la femme de Samir sont toutes esclaves de quelque chose :
- Nina de sa beauté,
- la mère de Samir des hommes en se dévouant toute sa vie à répondre aux moindres désirs de son mari, puis de son amant et enfin de ses enfants,
- Ruth de la fortune familiale et de l’honneur , elle a vécu enfermée dans sa bulle, ultra-protégée par son richissime paternel et par sa communauté.

Samir et François, son demi-frère, ont tous les deux répondu à leur façon à la même rage et au même désespoir. Ils se sont sentis inférieurs et donc méprisés du fait de leurs origines ethniques, religieuses et sociales. Samir a choisi de mentir sur son identité, François trouvera une autre voie. Mais chaque chemin aura la même issue.

Chaque personnage rencontré fait aussi l’objet d’une note de bas de page en rapport avec ce qu’il rêvait de devenir.

L’invention de nos vies est un roman admirablement bien construit et bien pensé. Le style de Karine Tuil est puissant, percutant, on ressent la colère de ses personnages. Les successions d’énumération donne un effet de mitraillage ( de balles ou flashs des paparazzis …). Le lecteur est sous le feu, est happé dans cette histoire et n’en ressort plus. Les pages défilent à toute vitesse, on est avide de savoir ce qu’il advient de Samir l’arriviste, Samuel le paumé, Nina la légère.
A travers le personnage de Samuel, Karine Tuil s’interroge aussi sur le sens et l’objectif de la littérature, sur ce qu’est un écrivain.

J’avais très peur au début que tout le roman tourne autour du triangle amoureux formé par Samir, Samuel et Nina mais Karine Tuil nous emmène bien au-delà. Elle brosse un tableau féroce mais assez réaliste de notre société variant les genres et les protagonistes. Ce roman s’adresse à tout le monde, toutes les classes sociales, toutes les confessions religieuses. Karine Tuil illustre parfaitement bien les sentiments de chaque groupe, sentiment de déconsidération, d’injustice, de crainte. Elle montre combien la France échoue à faire vivre ensemble de façon harmonieuse l’ensemble de sa population.

A travers Pierre Lévy, mon personnage préféré, Karine Tuil se fait la voix de la raison, de l’espoir et de l’optimisme. Elle nous invite à briser nos chaînes, à prendre du recul par rapport à ce que la société exige de nous, à lui porter un regard différent, à ne pas s’enfermer dans des schémas de pensée que l’on s’imagine immuables.
En même temps, elle s’interroge sur ce qui fait notre identité, l’importance de connaître ses origines, sa famille, le besoin de se sentir accepté, de faire partie d’une communauté et d’y avoir sa place.

Le seul reproche qu’on pourrait lui faire c’est d’avoir choisi des cas extrêmes tombant ainsi dans le cliché et la généralisation. Toutes les cités ne sont pas des coupe-gorges et des repères de trafiquants, on ressent trop le clivage musulmans pauvres d’un côté, juifs aisés de l’autre. La réalité est bien plus contrastée. Cependant, il faut reconnaître que son choix se prête bien à la démonstration puisqu’il correspond à l’image que se font la plupart des gens de notre société et à celle que véhiculent les médias.

Bref, c’est un roman très riche, une belle réussite. elle m’aura régalée avec ce roman digne des grands romans sociaux américains. Il s’en dégage beaucoup de puissance avec des thèmes très travaillés et qui m’intéressent particulièrement.
Bref, j’ai adoré et je pense sincèrement que Karine Tuil aurait mérité, elle aussi, le prix Goncourt. En tout cas, je vous en conseille fortement la lecture.


mardi 12 mars 2013

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé



Il fallait bien que je fasse un jour enfin la connaissance de Laurent Gaudé dont je voyais le nom apparaître un peu partout suivi de qualificatifs élogieux, et pourquoi pas avec Le soleil des Scorta, celui de ses romans apparemment le plus plébiscité, un prix Goncourt qui semble, aux dires des lecteurs, amplement mérité, une fois n’est pas coutume.

Comme beaucoup, j’ai apprécié ma lecture mais je n’irai pas jusqu’au coup de cœur ni même jusqu’à crier au génie.
Le soleil des Scorta est un bon roman qui se lit bien et vite, qui n’ennuie pas, qui est très bien écrit mais j’ai trouvé qu’il lui manquait un petit brin d’originalité pour être totalement conquise.
Je m’attendais en fait à une véritable saga familiale mais le roman ne se déroule que sur quatre générations dont les deux premières sont largement survolées (1/5ème du roman seulement). En fait, il s’agit surtout de l’histoire de deux frères et d’une sœur qui doivent se débrouiller dans la vie car leur fortuné père les a privés de tout héritage. Décision que je n’ai absolument pas comprise ! Le père prend uniquement des dispositions afin que ses descendants, si miséreux qu’ils soient, puissent être enterrés avec faste. En lisant ça, je m’attendais à ce que cette idée soit exploitée sur plusieurs générations mais pas du tout …
Finalement, j’ai préféré ce 5ème du roman consacré à Luciano et Rocco. Le récit partait bien avec cette histoire de vengeance mais finalement là aussi j’ai été déçue, je m’attendais à ce que ce soit beaucoup plus développé et j’imaginais quelque chose de plus dramatique.

Je reconnais que Laurent Gaudé a su retranscrire à merveille l’atmosphère de l’époque et du lieu. On ressentait vraiment la chaleur, le soleil, l’aridité et la sécheresse de la terre, c’est comme si on y était. La scène du repas en famille est merveilleuse en sensations, de quoi donner envie de se précipiter dans un restaurant italien.
Il y a aussi de très belles scènes pleine de poésie comme celle relatant le dernier voyage en mer de Donatello, passage que j’ai trouvé magnifique.
J’ai apprécié aussi cette belle leçon sur la vie, que finalement on peut être heureux à simplement se contenter de bons moments passés avec ceux qu’on aime, peu importent les difficultés. Mais j’ai trouvé que ça sentait un peu trop le renoncement et le pessimisme, surtout à travers la frustration d’Elia qui se sent prisonnier d’une vie de labeur qu’il n’a pas choisie. Elia s’est soumis à la loi du clan et des liens du sang. Laurent Gaudé a très bien su illustré cette mentalité propre aux pays méditerranéens qui attachent énormément d’importance à la famille. Il suggère aussi l’évolution de cette mentalité à travers le départ à l’université d’Anna et montre l’ouverture progressive de ce petit village à travers le tourisme.

Un très beau roman donc mais qui, dans le genre de la saga familiale, reste quand même très loin d’un Cent ans de solitude.

lundi 19 novembre 2012

La Maison muette - John Burnside



4ème de couverture :

Ce texte d'une violence clinique exceptionnelle est le récit d'une “expérimentation” sur deux enfants jumeaux élevés sans contact avec la parole humaine. La violence s'infiltre peu à peu dans le récit amoral conduit sur un ton détaché, sans recherche d'effet spectaculaire, d'une écriture précise et ciselée de poète.
Plongée dans les méandres les plus noirs de l’esprit humain, réflexion sur la perversion du pouvoir paternel, vertige du désir de la connaissance, réflexion sur le langage, un roman troublant.

Mon avis :

Ce roman n’est pas, comme le prétend la 4ème de couverture, uniquement le récit d’une « expérimentation » mais il est aussi celui du parcours d’un esprit dérangé qui, au nom de la recherche scientifique, commet des actes cruels et inhumains.
Ainsi tout au long de ce roman, le lecteur accompagne le narrateur dans sa folie puisant probablement son origine dans ses rapports étranges et dénués de sentiments avec ses parents.
Très tôt, il a un esprit curieux et , s’interrogeant sur le siège de l’âme, se lance dans des expériences qui relèvent plus de la pure perversité que de simples dissections de laboratoire.

John Burnside a produit ici un texte froid qui ne laisse aucune place aux émotions ni aux sentiments. On ressent toute la poésie du style de l’auteur mais là où est la prouesse, c’est que malgré une plume toute en finesse et délicatesse, Burnside parvient à créer une atmosphère glaciale et à la limite du malsain. Le personnage principal qu’il met en scène est tout à fait le genre de personne qu’on aimerait ne jamais croiser dans sa vie. Il est froid, calculateur et totalement dénué d’empathie.
La Maison muette est un récit écrit à la première personne qui nous plonge dans les méandres d’un esprit psychopathe duquel, tout comme ses pauvres victimes, on reste prisonnier, spectateur et impuissant.
Le plus dérangeant c’est que l’auteur parvient à emmener complètement son lecteur au point que je me suis surprise à être curieuse des résultats de cette expérience et de comment le narrateur allait s’y prendre pour parvenir à son but.
Ce qui donc est finalement violent dans ce roman, ce n’est pas tant les actes dont il est question (décrits de façon plutôt chirurgicale) mais aussi et surtout l’immoralité et la perversité de ces actes. John Burnside joue principalement avec le pouvoir d’imagination de son lecteur et de sa propension à toujours imaginer le pire, il le manipule, ce qui rend la lecture assez éprouvante psychologiquement.

Ce roman est aussi une magistrale réflexion philosophique sur l’âme, sur ce qui est inné et acquis par l’expérience ainsi que sur le langage. Il nous amène à nous poser de nombreuses questions sur lesquelles les philosophes se sont déjà penchés. La langue est acquise mais n’existe-t-il pas un langage inné, commun à tous les êtres humains, un langage que nous connaîtrions naturellement et que notre environnement nous ferait oublier ? C’est à cette question que le narrateur cherche une réponse. Et c’est par le fait qu’elle est diablement intéressante que le lecteur, par curiosité, devient complice du narrateur à son plus grand effroi.
Car même si notre morale réprouve le procédé, notre curiosité ne fait-elle pas de nous quelque part des pervers aussi ? D’où le malaise que le lecteur ressent en plus …

Au final, un roman très dur mais traité de façon intelligente et merveilleusement bien écrit : une très bonne lecture.

mardi 10 janvier 2012

Suite(s) impériale(s) - Bret Easton Ellis



Cette fois-ci pas de résumé ni de 4ème de couverture.
Suite(s) impériale(s) c’est la suite de Moins que zéro. On retrouve donc Clay, devenu écrivain, et quelques-uns de ses amis 20 ans après et toujours dans la Cité des Anges.
Je suis un peu déçue par cette suite. Elle n’a pas du tout la puissance d’évocation qu’avait Moins que zéro. La forme, le style sont différents. C’est un peu normal me direz-vous, Moins que zéro était le premier roman de BEE et cette suite a été écrite 20 ans après, l’écrivain a mûri, son style évolué.
Ceux qui s’étaient ennuyés en lisant Moins que zéro ont certainement dû prendre plus de plaisir à la lecture de celui-ci. Plus rythmé, plus haletant, le roman est construit comme un thriller. Certains ont crié au scandale quant à certaines scènes jugées choquantes. Ceux-là n’ont pas dû lire American Psycho et je leur en déconseille donc fortement la lecture car Suite(s) Impériales(s) à côté c’est Disneyland.
Je ne sais pas quoi dire d’autre, peut-être n’aurai-je pas du enchaîner les deux livres ainsi et laisser un peu de temps s’écouler entre les deux.
Je pense que je suis passée à côté, j’en suis même certaine car je n’avais pas vraiment focalisé sur le narcissisme de Clay comme l’explique BEE dans cette vidéo.
En fait, je m’attendais à ce que Clay franchisse la ligne et qu’il devienne une sorte de Patrick Bateman et ce n’est pas le cas. Certes, il n’est pas un ange non plus mais voilà, j’imaginais à tort une sorte de American Psycho nouvelle version. Finalement, ce que BEE a fait est beaucoup plus intelligent que ce que moi j’avais imaginé mais vous savez ce que c’est, quand on se fait un film et que la réalité est toute autre …

samedi 7 janvier 2012

Moins que zéro - Bret Easton Ellis



4ème de couverture :

Clay, jeune étudiant sur la côte Est, revient à Los Angeles pour les vacances de Noël. Fils de bonne famille, il a tout pour être heureux : l’argent, les filles, l’accès à tous les plaisirs de la vie…et pourtant il est désabusé. Pendant quatre semaines, il va errer avec ses amis de fêtes luxueuses en boîtes de nuit branchées, s’enivrant de sensations fortes, consumant sa vie par les deux bouts… Mais il constate amèrement que rien ne peut masquer le mal-être propre à sa génération qui a déjà tout …mais qui ne se satisfait de rien.

Mon avis :

Beaucoup de personnes n’ont pas aimé ce livre. Et c’est vrai qu’avec Bret Easton Ellis, on aime ou on déteste, difficile d’avoir un avis mitigé. En ce qui me concerne j’ai aimé. J’ai aimé car ce livre m’a conforté dans ma conviction que l’argent ne fait pas le bonheur. J’ai aimé car, tout au long de ma lecture, je me suis rendue compte que ma vie à moi, aussi plate et insignifiante soit-elle, est tout simplement géniale et que je suis une grande chanceuse.

Clay est ce que l’on appelle un « gosse de riche », ses parents sont extrêmement fortunés, il ne manque de rien. Il a 18 ans, il a tout, peut tout faire, et pourtant il ne vit pas.
Son monde se résume aux sorties, en boîte, au cinéma, dans des bars, à des soirées people. Son entourage se compose de parents divorcés, de deux sœurs frivoles, et de ses amis. Enfin … peut-on vraiment parler d’amis ? Ils sont bien sûr du même milieu que Clay, sont livrés à eux-mêmes par des parents absents qui les ignorent, passent leur temps aux mêmes activités, se droguent, dealent et s’envoient en l’air avec tout ce qui bouge.

Tous les personnages que l’on croise dans ce roman se ressemblent : cheveux blonds coupés court, bronzage. Il y a beaucoup de personnages et j’ai eu parfois des difficultés à me remémorer qui était qui. Et puis il y a cette atmosphère lourde, pesante et malsaine. Il fait chaud en Californie, Clay souffre de cette chaleur, BEE insiste beaucoup sur ce détail et fait de nombreuses allusions au feu ou à des incendies faisant ainsi rapprocher le décor qu’il construit à l’Enfer lui-même : les petits-anges blonds qui ont tout pour réussir se retrouvent déchus et se débattent dans les flammes de la géhenne. Et le pire c’est que Clay a parfaitement conscience de tout ça, il l’avoue lui-même, il ne souhaite plus rien, ne s’intéresse à rien, n’a envie de rien, comme s’il avait baissé les bras et ne pouvait plus que se contenter de subir et de rester passif.

Certaines scènes sont un peu dures et choquantes, d’autres assez étranges. BEE parvient avec talent à décrire et à transmettre au lecteur ce désarroi et ce mal-être. Je me suis sentie aussi mal que Clay à certains endroits et j’avoue avoir ressenti de la pitié pour lui même si je me suis parfois interrogée à son sujet, notamment sur sa manie qu’il avait, plus jeune, de collectionner les articles de faits divers violents et sanglants. Je m’attendais alors à chaque instant à un dérapage, à ce qu’il franchisse la ligne mais au contraire, quand l’occasion se présente il refuse. J’ai donc eu tendance à mettre ça sur le compte de l’adolescence et de l’inévitable attrait que constitue parfois ce genre de choses pour les ados.

Ne lisez pas ce livre si vous voulez de l’aventure et des tas de rebondissements. Non, ce n’est pas ce genre de romans là. Certains se sont ennuyés, je peux les comprendre. Mais c’est justement l’axe de ce roman : l’ennui. Clay s’ennuie, ne trouve aucun sens à sa vie. Je l’ai déjà dit , il peut tout avoir et tout faire sauf qu’il ne peut pas rêver, il ne peut pas avoir d’objectifs, de projets, il sait d’avance qu’il lui suffit de s’y mettre pour réussir. Comment concevoir son existence sans lui donner un sens ? Ce qui finalement nous fait avancer et lever chaque matin n’est-il justement pas le fait que l’on a des défis à relever, des buts à atteindre ?
Mais à ces jeunes-là, ces anges blonds, que leur reste-t-il ? Si ce n’est la découverte de sensations fortes : la drogue d’abord, le sexe jusqu’au viol et la prostitution, la fascination pour un cadavre trouvé dans une ruelle …
Moins que zéro : en-dessous du niveau zéro le monde des enfers.
Moins que zéro : la température dans l’espace, dans le vide interstellaire.
Moins que zéro : le récit du vide de l’existence et de l’enfer sur Terre.

Quelques mots sur le style : un style clair, précis mais efficace parfois cru. BEE donne dans le détail c’est-à-dire qu’il raconte chaque geste que fait Clay (pas systématiquement non plus je vous rassure) mais à certains passages ça m’a marqué. Comme si BEE voulait ainsi combler le vide de l’existence de Clay. Les dialogues aussi m’ont surprise. Là où on pourrait voir des répliques inutiles, j’ai trouvé qu’au contraire BEE parvenait à nous retranscrire les dialogues tels qu’ils auraient réellement pu avoir lieu. Des platitudes, là encore pour combler le silence, le vide.

Aussitôt après avoir terminé ma lecture de ce livre, j’ai couru à la librairie me procurer la suite : Suite(s) impériale(s). J’ai hâte de voir ce qu’est devenu Clay.
Alors je vous laisse momentanément et vous donne rendez-vous très bientôt.

mercredi 28 décembre 2011

La femme sous l'horizon - Yann Queffélec



4ème de couverture :

Au cœur froid de la Lorraine, dans un manoir russe, vit un étrange clan: les Tarassévitch.
La petite Ilinka, privée de sa mère, qui est morte dans un accident, ne connaît là que silence et indifférence.
Pourquoi tant de mystères autour de sa naissance ? Au village on sait. Mais on se tait. On a juré.
Jusqu'au jour où Ilinka reçoit un signe du destin une lettre de sa mère, des mots vieux de treize ans. Un avertissement, une prémonition. Elle doit fuir à tout prix le manoir et sa malédiction…

Mon avis :

J’ai trouvé ce livre dans ma bibliothèque chez mes parents. Personne ne sait d’où il sort, je n’ai aucun souvenir de l’avoir acheté, mes parents non plus… Mystère …
Et puis bon, Yann Queffélec, je ne l’avais encore jamais lu, c’était l’occasion de le découvrir.
Et je n’ai pas été déçue de la découverte.

Ce roman m’a beaucoup rappelée Les Hauts de Hurlevent par son atmosphère si sombre, ses personnages si entiers et ses sentiments si forts.
Rien que le décor : un vieux manoir délabré près d’un lac au cœur de la forêt, où vit une famille d’aristocrates russes exilés. Il y fait très froid, la grand-mère, chef de famille, ne supportant pas le feu ni la moindre petite flamme.
Les habitants : la grand-mère acariâtre, méchante, ne vit qu’à travers ses souvenirs bons et mauvais. Elle maltraite tout son monde y compris ses deux fils. L’aîné, Vladimir, complètement sous l’emprise néfaste de sa mère, est alcoolique, violent et ne se remet pas de la mort de sa femme qui le rendait pourtant fou de jalousie jusqu’à en ressentir des pulsions de meurtre. Le cadet est un peu plus à l’écart mais reste d’une passivité déconcertante . Les petites-filles ne sont pas mieux loties, battues ou simplement ignorées, leur destin reste tragique à toutes les deux. On a beau essayer de prendre Tita (alias Ilinka), le personnage principal, en sympathie, c’est difficile tellement elle est … bizarre. Sa troublante ressemblance avec sa mère fait qu’elle suscite la haine de sa grand-mère et de Vladimir. Il semblerait qu’à travers Ilinka, ce soit sa mère qui revive, ce qui n’a pour d’autre effet que d’exacerber les rancoeurs que sa mère inspirait déjà.

Ce roman est d’une noirceur incroyable, l’atmosphère est glauque et glaciale. Yann Queffélec parvient à dresser le portrait de ses personnages avec beaucoup de force. On ne peut pas rester de marbre. Et encore une fois, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec les personnages d’Emily Brontë.
Le style est en plus vraiment agréable et assez poétique sans tomber dans l’excès. Les descriptions sont justes, intégrant les éléments de décor souvent caractéristiques du genre fantastique et traduisent ainsi vraiment bien l’atmosphère qui règne. Bref on s’y croirait.
Le seul reproche que j’ai à formuler est que l’on devine bien trop tôt le pourquoi du comment de l’intrigue et ça gâche un peu l’effet.
Sinon, j’ai vraiment beaucoup aimé et surtout pour les passages sur la jalousie (un des thèmes dominants de ce roman) magnifiquement bien traitée et qui m’ont particulièrement touchée. La haine et la violence sont également des thèmes qui, avec la jalousie, accompagnent le lecteur jusqu’au bout sans lui accorder aucun répit.
Si vous avez aimé Les Hauts de Hurlevent, il est fort probable que vous aimerez La femme sous l’horizon.