mercredi 5 novembre 2014

A mains nues - Paola Barbato



Je me suis parfois demandée si je serais capable de tuer. De sang-froid certainement pas ( en plus je tourne de l’œil à la vue du sang …) mais dans une situation de survie, je pense que oui.
C’est en tout cas comme ça que ça a commencé pour Davide. Enlevé puis retenu à l’arrière d’un fourgon dans l’obscurité totale, il s’aperçoit bien vite qu’il n’est pas seul et que cette autre personne dont il ressent la présence n’a qu’une idée en tête : le tuer.
Davide se retrouve alors condamné à se battre, prisonnier d’une mystérieuse organisation dont la spécialité est le combat de chiens. Sauf qu’ici, les chiens sont des êtres humains. Désormais, Davide n’a plus le choix, il doit se battre et tuer ou être tué.
Minuto, un des membres de l’organisation chargé de repérer les « chiens », se prend d’affection pour le jeune homme en qui il voit un grand potentiel et le prend sous son aile.
De combat en combat, l’influence de Minuto sur Davide est grandissante, Davide, de jeune adolescent de bonne famille mort de peur et d’horreur, devient Batiza, un combattant demandé et un assassin qui prend plaisir à tuer .


Paola Barbato, scénariste pour la télévision italienne, signe là une effroyable exploration des limites de l’humanité. Peut-on transformer un agneau en loup sanguinaire ? La réponse est oui et la démonstration bestiale et violente. Sans aller jusqu’à détailler les scènes, Paola Barbato suggère et laisse le pouvoir de l’imagination faire le reste. Le résultat est effrayant, choquant, perturbant. Tout au long de ma lecture, j’ai oscillé entre fascination morbide et rejet absolu. La violence psychologique de certaines scènes m’ont fait sortir de mes gonds. J’étais sur le point d’abandonner, scandalisée par cette violence gratuite. J’accusais Paola Barbato de vouloir donner dans la facilité, provoquer, choquer délibérément, de vouloir faire du sous Bret Easton Ellis ( je mentionne cet auteur non pas que Paola Barbato s’en inspire mais tout simplement parce que c’est le dernier auteur en date à m’avoir infligée un tel dégoût à la lecture de certains passages ).
Mais j’ai poursuivi, obnubilée par la volonté de savoir comment ça se terminerait, ce qu’il adviendrait de Davide. Le lecteur se retrouve en position de voyeur en proie à une espèce d’envoûtement malsain.
La mort intrigue toujours, comprendre comment on peut être amené à donner la mort attire. Est-ce que la façon dont l’auteur traite le sujet est pertinente ? Difficile à dire sans être spécialiste en psychologie. Au premier abord, j’ai eu du mal à y croire mais je me dis que les conditions de détention subies par Davide, la pression et la violence psychologique dont il a été victime sont probablement bien capables de conditionner un être humain et de le réduire à la sauvagerie.
Je ne sais pas non plus si ces combats de chiens humains sont une réalité. Je sais qu’il existe des combats clandestins mais où les combattants sont volontaires ce qui n’est pas le cas ici. Etant donné la perversité de certains programmes de télé-réalité, ça ne m’étonnerait pas que de telles horreurs aient réellement lieu dans l’ombre et qu’il y ait des gens assez tordus pour cautionner ça. En fait, le roman de Paola Barbato a quand même un côté réaliste qui fait froid dans le dos. On se refuse à y croire. Cette question de la crédibilité du scénario m’a tout de même pas mal turlupinée jusqu’à ce que je me dise que finalement, l’essentiel n’était pas là. L’essentiel est de comprendre que la transformation de Davide est, elle, crédible, rendue possible par son attachement à son mentor Minuto, relation emblématique d’un syndrome de Stockholm.
D’ailleurs, même le lecteur est fasciné par Minuto, personnage très charismatique, énigmatique et qui domine largement tout le roman.

Le style de Paola Barbato n’en est pas vraiment un, ça reste simple mais fluide et efficace. L’auteur est scénariste et ça se ressent principalement dans l’enchaînement des scènes, les dialogues et certains détails. Mais on a tout de même entre les mains un vrai page-turner et malgré ma violente répulsion à certains passages, je reprenais toujours ma lecture avec hâte et fébrilité.
La fin est en apothéose. Malgré mes quelques soupçons, je suis restée bouche bée à la lecture des dernières lignes. Une claque ! Comme je les aime.

Alors bien sûr, ce roman ne s’adresse pas à tout public. Dans la veine de Karine Giebel, de certains titres de Stephen King et quelques relents de Hunger Games ou Battle Royale, A mains nues est un roman pour lecteurs avertis, un roman noir, choquant mais efficace qui joue avec les nerfs et la conscience de son lecteur.
C’est un roman qui sollicite les bas instincts et les confronte avec la morale. Sommes-nous tous capables de franchir la limite ?

Bref, ce roman mériterait d’être porté à l’écran. David Fincher, si tu me lis, ce scénario est pour toi. Mon mari cinéphile t’a même mâché le travail, je lui ai résumé l’intrigue et lui ai brossé le profil des deux personnages principaux, voici donc ses suggestions pour le casting principal :

-         Willem Dafoe dans le rôle de Minuto ( et c'est tout à fait comme ça que je l'imaginais)
-         Spencer Lofranco dans le rôle de Davide/Batiza

(Dommage que le roman ne soit pas encore traduit en anglais, je le lui aurais bien envoyé …)


Un grand merci aux éditions Denoël !



A mains nues - Paola Barbato
Editions Denoël - Collection Sueurs froides
Traduit de l'italien par Anaïs Bokobza
496 pages
Parution : 9/10/2014

10 commentaires:

  1. Je l'ai fini hier soir et personnellement je n'ai pas vu cette fin là arriver. Une lecture choc que j'ai adoré !

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    1. Une fin qui m'a coupé le souffle aussi !

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  2. Un truc violent comme ça ne m'attire pas vraiment.

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  3. Alors là, pas moyen. Typiquement le genre de lecture qui me fait fuir. Mais je comprends que cela puisse fasciner.

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    1. Etonnant cet intérêt que j'ai pour ce genre-là, bien que je ne sois pourtant pas de ceux qui s'arrêtent pour regarder les accidents de la route. Je devrais peut-être faire une analyse ! ^^

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  4. Et bien ! Je comprends bien ce que tu décris dans ton billet. Enfin, après la lecture du Karine Giebel, je fais une "pause polars" car c'est comme tout, faut pas abuser du noir ;-)

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    1. Ah ah oui ! Il vaut mieux que tu souffles un peu avant quand même ! Mais tu verras, c'est noir mais Paola Barbato entre quand même beaucoup moins dans les détails que Karine Giebel. Le lecteur imagine et je me demande si ce n'est pas pire encore ! ^^

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  5. Je crois que je vais passer mon tour sur celui-ci. Pourtant j'aime bien les livres "extrêmes" mais là pas trop inspirée.

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