mardi 29 octobre 2013

Moon Palace - Paul Auster



4ème de couverture :

Marco Stanley Fogg : le nom même de son héros place ce roman sous le signe de l'exploration et du voyage. Et c'est bien une odyssée qui nous est offerte, dans la tradition des Mille et Une Nuits comme du grand  roman américain ; un parcours fertile en paysages fantastiques, personnages hors du commun, tribulations multiples. Mais tout voyage est aussi une quête intérieure et initiatique. Sous l'abondance des lieux et des couleurs, le vrai périple de Marco Stanley Fogg est une recherche de l'identité, une exploration de la solitude et de l'incomplétude universelles.

Mon avis :

Comment se retrouver en un clin d’œil du centre de Manhattan en plein désert de l’Arizona ? Eh bien en lisant Moon Palace.

En voilà une belle surprise que ce roman de mon auteur chouchou. Après La trilogie New-Yorkaise, je ne m’attendais pas à apprécier autant, si ce n’est plus, un autre de ses romans. Le Voyage d’Anna Blume m’avait un peu déçue car Auster y sort du schéma pour lequel je l’adore ( balader son lecteur par le bout du nez et le frustrer à mort ) et je craignais que le reste de sa bibliographie soit de la même veine. C’est un peu le cas mais étonnamment cette fois-ci ça m’a plu énormément !

Dans ce roman, Auster nous fait voyager dans le temps et l’espace. Le ton est donné d’entrée avec le nom qu’il a choisi pour son personnage principal : Marco ( comme Marco Polo) Stanley ( le célèbre explorateur qui a retrouvé Livingstone) et Fogg ( le héros de Jules Verne).
Ici encore, on a droit au procédé fétiche de l’auteur : le récit dans le récit. Je me demande même si je n’ai pas préféré le récit emboîté à la trame générale…
Le texte est truffé de références à la culture américaine, détails historiques et géographiques, autant dire que ce roman est 100 % US . On y croise même Nicolas Tesla et quelques aperçus de sa vie, ce qui m’a décidée à lire le récit que lui a consacré Jean Echenoz avec Des éclairs.

Marco Stanley Fogg est un orphelin élevé par son oncle. Sa vie est marquée par la solitude. Petit à petit Marco ne croit plus en rien et se laisse aller. L’amour d’une jeune femme le sort du trou et le met sur le chemin d’un curieux vieil homme au caractère difficile. Cette rencontre bouleverse sa vie.
J’ai trouvé cette histoire très touchante, les personnages très intéressants, surtout le vieil Effing, agaçant et attendrissant à la fois. Je déplore seulement que Paul Auster n’ait pas suffisamment marqué par le style le changement de narrateur. En effet, lorsque Effing raconte ses Mémoires ( ce qui constitue le récit emboîté), on a toujours l’impression que c’est Marco qui parle. Le ton est le même et c’est dommage car les personnalités sont assez tranchées.
Néanmoins, on retrouve bien les thèmes chers à Auster : la quête d’identité, l’errance, la solitude, la perte des êtres chers, la dépossession. Il met à nouveau en œuvre les caractéristiques qui ont fait son style : éléments biographiques, récits emboîtés, étude des hasards de la vie et du destin, clins d’œil à ses précédents romans ( ici notamment au Voyage d’Anna Blume ).

Une bien belle lecture donc parmi les rares lectures de ces derniers temps. Mais rassurez-vous, je vais bientôt reprendre mon rythme ( enfin je l’espère !). J’ai quelques chroniques à écrire aussi, j’ai notamment lu Camus, Ferrari, Garcia Marquez, Maalouf, Hosseini et donc Echenoz dont je parlais plus haut.
Pardonnez-moi aussi si je me fais rare sur vos blogs mais là aussi je vais tenter de bientôt reprendre mes bonnes habitudes.
Bonnes lectures à tous !

vendredi 6 septembre 2013

Spartacus - Arthur Koestler



« Nous vivons au siècle des révolutions avortées » c’est le constat d’un avocat romain au 1er siècle avant JC. L’empire romain connaît alors une grande période de désordre politique, économique et social. C’est dans ce climat troublé que Spartacus va entraîner avec lui gladiateurs et esclaves dans une révolte qui aura fait trembler Rome.
Cependant le Spartacus d’Arthur Koestler n’est pas un banal roman historique bourré d’actions et d’aventure. Il se veut plutôt une analyse et une réflexion sur le processus de la révolution, son mécanisme et tente d’expliquer pourquoi toute révolte semble être vouée à l’échec.
Bien entendu, le soulèvement opéré par Spartacus est pour Koestler un exemple de base autour duquel il construit son argumentation mais le propos s’applique de façon plus générale. S’agissant de Koestler, on pense notamment au cas de la Russie d’autant plus que Koestler profite de la légende de la Cité du soleil pour aborder le sujet du communisme et de son utopique mise en œuvre.

La démonstration est menée avec habileté. Arthur Koestler met d’abord en scène un simple fonctionnaire de l’Etat romain, un greffier de province ambitieux qui cherche les honneurs et à gravir les échelons après de nombreuses années de bons et loyaux services. Il se fait témoin extérieur des événements mais pourtant constitue à lui seul l’exemple même du citoyen moyen condamné à la médiocrité. Par le cas de ce greffier, Koestler permet une généralisation du type même du candidat à la révolte mais qui se résigne à son état.

« Car, aux débuts du monde, les dieux ont privé les hommes de la joie sereine et leur ont enseigné qu’ils devaient obéir aux interdictions et renoncer à leurs désirs. Et ce don de la résignation, qui rend l’homme différent des autres créatures, est si bien devenu chez lui une deuxième nature qu’il en use comme d’une arme contre ses semblables, d’un moyen infaillible d’oppression.
La nécessité de se résigner, de renoncer s’est, depuis les origines, si profondément ancrée dans les hommes qu’ils ne tiennent plus pour noble que l’enthousiasme de l’abnégation. Peut-être ainsi expliquera-t-on que l’humanité s’ouvre tous les jours à l’enthousiasme qui puise ses sucs dans la mort et qu’elle reste sourde à l’enthousiasme de la vie. »

Spartacus, lui, ne se résigne pas et veut recouvrer sa liberté, il refuse que sa vie soit vouée à servir de divertissement aux « maîtres romains ». Il rejette sa condition d’homme asservi courbant l’échine. Dans un premier temps, nombreux sont ceux qui le suivent. Puis la désillusion et le découragement plus que les tentatives de matage des forces romaines ont raison du mouvement. Nombreux le désertent et retournent chez leurs anciens maîtres.
Pourquoi la révolte s’essouffle-t-elle et se saborde-t-elle elle-même ?

« Il y a deux forces agissantes : le désir de changement et la volonté de conservation. Celui qui part reste attaché par les liens du souvenir, celui qui reste s’abandonne à la nostalgie. De tout temps les hommes se sont assis sur des ruines et ont gémi … »

Koestler pointe alors du doigt la frilosité de l’homme face à l’incertitude du changement. Par sa nature, il préfère un état qui lui est défavorable mais qu’il connaît à une possible meilleure situation dont il ignore tous les tenants et toutes les difficultés qu’il lui faudra affronter pour y parvenir. On sait ce qu’on perd mais on ne sait pas ce qu’on trouve.
Autre raison invoquée par l’auteur : l’étroitesse de la conception que se fait la masse de la liberté :

« Pour l’homme moderne, la liberté ne signifie qu’une chose : ne plus être obligé de travailler. »

Et Koestler d’expliquer par la bouche de Crassus comment Spartacus aurait du s’y prendre. A cette occasion le discours de Crassus n’est d’ailleurs pas sans rappeler les valeurs stakhanovistes prônées sous le régime stalinien :

« Si réellement vous aviez voulu des solutions sérieuses, vous auriez dû prêcher une nouvelle religion élevant le travail au rang d’un culte. Vous auriez proclamé que la sueur du travailleur était un liquide sacré ; que c’est uniquement dans le labeur et la souffrance, dans le maniement de la pelle, du pic ou des rames que s’affirme la noblesse de l’homme, tandis que la douce oisiveté et la contemplation philosophique sont méprisables et condamnables. »

Bref, Arthur Koestler analyse de nombreux éléments, s’arrête aussi sur l’importance du meneur de la révolte, sur son attitude et la mentalité qu’il se doit d’avoir. Il retrace le schéma type du déroulement d’une révolte incluant les querelles de partis au sein du mouvement, la scission etc… Il fait intervenir de nombreux protagonistes d’horizons différents : l’homme de religion, le philosophe, le militaire, le simple citoyen, le magistrat... Le contexte politique, économique et social est minutieusement étudié. Koestler prend d’ailleurs la peine d’écrire une postface dans laquelle il raconte la genèse du roman, son contexte d’écriture et dans laquelle il souligne l’importance qu’il a accordé à la rigueur historique dans tous les détails ( jusqu’aux descriptions vestimentaires).

Spartacus est à l’image du Zéro et l’infini, un roman d’une grande richesse où la réflexion et l’interrogation est constante. Toutefois, j’ai trouvé la première moitié assez longuette et parfois maladroite au niveau du style ( ou de la traduction ?) mais la deuxième moitié redresse la barre et compense largement tant elle pousse au questionnement. Le sujet m’intéressant particulièrement, je ne vous cache pas qu’encore une fois je suis comblée par ma lecture.

Arthur Koestler est décidément un auteur qui me plaît de plus en plus. J’ai repéré à la bibliothèque La lie de la terre ( roman autobiographique dans laquelle il relate son expérience du camp) mais aussi une biographie d’Arthur Koestler par Michel Laval, je vais donc m’empresser de les emprunter !



jeudi 5 septembre 2013

Karoo - Steve Tesich



J’espère vraiment que le phénomène de la liseuse et des e-books ne mettront pas un terme au livre papier. Comment aurais-je pu flasher sur Karoo sans accroche visuelle ? Son design épuré, naturel, tout en simplicité a tout de suite attiré mon attention parmi toutes les autres couvertures ternes ou trop colorées et souvent peu séduisantes.
Une belle couverture couleur sable en relief, du papier d’une douceur rare, bref un très bel objet très agréable au toucher, bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.
Le petit truc en plus, sur la toute dernière page : la liste des caractéristiques matérielles du livre, type de matériaux employés, type de police d’imprimerie, les dimensions :

« L’ouvrage ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur. Pourtant, la chute qu’il raconte est vertigineuse. »

Et voilà comment on achève de convaincre la lectrice que je suis de rentrer chez elle le livre en main.

Saul Karoo travaille dans l’industrie du cinéma. Son rôle est de réécrire des scénarios peu convaincants et de transformer des navets en chefs d’œuvre. Sa renommée dans le milieu n’est plus à faire, il est riche, reconnu, tout semble aller pour le mieux.
Mais Saul Karoo n’est pas ce qu’on pourrait appeler un modèle de vertu. Séparé de sa femme qu’il a trompé à de nombreuses reprises, il évite soigneusement tout contact avec son fils, ne cesse de boire, ment comme un arracheur de dents et, disons le franchement, se comporte comme un gros porc.
Jusqu’au jour où il est atteint d’un phénomène curieux : Karoo ne parvient plus à atteindre l’ivresse. Il a beau picoler comme un trou, il reste sobre. C’est toutefois grâce à cette curieuse maladie qu’il va enfin prendre conscience de son comportement odieux. Il va alors décider de se racheter une conduite, d’obtenir le pardon de ceux qui finalement comptent pour lui. Mais le destin lui refusera la rédemption et lui préférera le châtiment.

Gros coup de cœur pour ce sublime roman d’un auteur malheureusement disparu.
Pourtant je ne cache pas que je commençais à trouver la première partie un peu longue. On y fait la connaissance de Saul, de son entourage, de sa vie, de sa mentalité. Le récit, effectué à la première personne, nous permet d’accéder à ses pensées les plus intimes. Saul nous fait part de ses réflexions sur la société dans laquelle il évolue et se fait aussi son propre critique non sans humour. Saul est un personnage très cynique, il ne semble pas avoir de scrupules et prend tout à la légère. Mais Steve Tesich le fait évoluer subtilement vers la prise de conscience.
D’après les critiques que j’ai lues, beaucoup de lecteurs ont de loin préféré cette partie au reste du roman qu’ils ont trouvé plus fade. Je ne suis pas du tout de cet avis. J’ai adoré la suite du récit et son progressif glissement vers le tragique. On sent qu’il va se passer quelque chose de dramatique. J’ai essayé de deviner où l’auteur voulait m’emmener mais il a vraiment réussi à me surprendre. J’ai fini par prendre Saul en pitié, il m’a vraiment fait mal au cœur. Et lorsque le châtiment survient, l’auteur bascule de la première personne à la troisième. J’ai ressenti ça comme une distanciation punitive, une façon de symboliser le rejet de Saul, de le repousser encore plus mais aussi une manière de montrer qu’il n’est plus celui qu’il était.
Ce roman souligne à quel point les gens ont le pardon difficile et à quel point il est compliqué de faire oublier ses erreurs passées. On peut corriger un scénario de film très facilement mais lorsqu’il s’agit de la vie d’une famille il en va tout autrement.

Steve Tesich était un auteur vraiment talentueux, son texte est très bien écrit, habilement mené, bourré de réflexions intelligentes mais aussi d’humour. Une réussite complète.
Le texte original date pourtant de 1996. La France aura du attendre 2012 pour enfin le découvrir. Un autre roman de Steve Tesich semble prévu pour 2014. Je l’attends avec impatience.
En tout cas, un grand merci et encore un grand bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour nous avoir permis de découvrir un auteur de talent.


samedi 24 août 2013

La Horde du Contrevent - Alain Damasio



Je me souviens de mon enthousiasme à suivre l’incroyable épopée d’Ouroz dans Les cavaliers de Joseph Kessel et je me demandais si j’allais retrouver un jour cet engouement, cette sensation de liberté et d’aventure humaine à couper le souffle. Eh bien oui, je les ai retrouvés et là où je ne m’y attendais pas du tout.

J’ai longtemps traîné des pieds avant de me lancer dans La Horde, le résumé ne m’attirait pas particulièrement, des échos de lecteurs pointant la monotonie du récit, les références philosophiques et la difficulté du texte m’avaient assez refroidie. J’avais donc peur de m’ennuyer, peur de me sentir encore idiote ( pourtant la philo ça m’intéresse hein mais j’ai toujours cette impression que les philosophes ne veulent pas que je les comprenne ). Bref, quand un ami livraddictien ( qui se reconnaîtra) m’a fortement encouragée à m’y mettre, je m’y suis mise oui, mais un peu à reculons. Ça tombe bien me direz-vous vu que les pages sont numérotées à rebours.

Et me voilà donc plongée au cœur de la Horde, en plein furvent. Je suis perdue, y a plein de gens autour de moi, je n’arrive pas à savoir qui est qui, qui parle à qui. Je ne comprends pas ce qu’ils disent non plus, ils utilisent des termes qui ne font pas partie de notre vocabulaire. C’est hard mais je m’accroche. Faut faire bloc qu’ils disent alors je fais bloc et j’attends que ça passe. Au bout d’une centaine de pages, je commence à prendre mes repères. Chaque membre de la Horde a un symbole et une fonction précise, j’ai repéré les plus importants, ceux qui semblent être les meneurs. Y a un drôle de trublion aussi, Caracole qu’il s’appelle, il manie le verbe comme moi mes doigts sur le clavier, il y a Sov aussi, le scribe, un romantique celui-là. Coriolis, la bombasse du groupe ( faut toujours qu’il y en ait une, c’est pénible …) et puis plein d’autres aussi. Certains sont plus en retrait, d’autres prennent de l’importance au fur et à mesure. Mais celui qui m’impressionne le plus, c’est Golgoth, la tête brûlée, il avance avec ses jambes mais avec ses tripes aussi, une vraie force de la nature et un vrai mental de guerrier. Un bourin disent certains, ils sont méchants. Golgoth, il en a bavé dans son enfance, on peut lui pardonner.

Je commence à me sentir bien avec eux. A bord du navire Fréole, tout s’accélère. Je sens que mes compagnons de galère sont inquiets. Il se trame quelque chose. Ça n’augure rien de bon pour la suite. En tout cas, je me sens adoptée par mes camarades, leurs soucis deviennent les miens, leur quête devient la mienne. Moi aussi, je veux savoir d’où vient le vent qui balaie ce monde inlassablement, je veux savoir ce qu’il y a en Extrême-Amont.
Me voilà définitivement au cœur de l’aventure. Et quelle aventure mes aïeux ! J’en prends plein les mirettes et j’en bave sévère. Les épreuves s’accumulent, les obstacles s’amoncellent mais on fait bloc, toujours, et on avance quoiqu’il arrive.

Je suis arrivée au bout de ma lecture épuisée et terriblement triste de devoir quitter ceux qui sont devenus ma famille, ceux avec qui j’ai vécu une aventure aussi forte que je ne trouve pas les mots pour la décrire. Alain Damasio m’a complètement bluffée. Quel talent ! On sent que cet homme sait écrire et qu’il n’écrit pas n’importe comment, que tout est calculé, réfléchi, anticipé, un peu comme Erg au combat. Néologismes, jeux de mots et cette fabuleuse joute verbale sont là pour montrer qu’Alain Damasio fait de l’écriture un véritable Art.
Il met en scène 23 personnages, en leur donnant chacun leurs propres caractéristiques. Comme je le disais, certains sont plus effacés, ça peut se comprendre car c’est un travail de fourmi. Mais les plus présents sont dépeints en profondeur. Comme ils prennent la parole chacun leur tour, on vit l’aventure à travers eux, on entre dans leur tête, dans leurs pensées. On est au cœur de la Horde.
Il a construit un univers entier, avec son vocabulaire, ses codes, ses légendes, ses us et coutumes, son organisation sociale. Quelle richesse ! Et cette nature omniprésente, une véritable ode aux éléments et à leur force. Ça m’a beaucoup fait penser à Man VS Wild ( j’adore cette émission et Bear aurait eu toute sa place au sein de la Horde ^^). L’homme est si peu de chose, si faible.

Alors oui, j’en ai bavé parfois. Certains passages sont (trop ?) pointus, j’ai parfois eu l’impression de lire un précis de mécanique des fluides ou de théorie du chaos. Malgré mes connaissances dans le domaine, j’ai rien compris mais peu importe. Pareil pour la philo. Il y a des références paraît-il. Je n’ai reconnu que celle aux 3 métamorphoses de Nietzsche ( je n’y ai d’ailleurs toujours rien compris, quand je vous dis que je suis nulle en philo…). Pour les autres, difficile de reconnaître ce qu’on ne connaît pas. Donc comme je le disais, peu importe. Je me suis essentiellement concentrée sur la quête qui est un peu notre quête à tous. Peu importe l’objectif à atteindre, c’est le parcours nous y menant qui compte, les épreuves que l’on traverse, qui nous font grandir et devenir petit à petit l’individu que nous sommes. La Horde c’est aussi l’illustration de l’adage « l’union fait la force », la solidarité prévaut, on avance ensemble car seul, on est mort.
Il y a tant à retirer de cette lecture et j’ai bien conscience d’être passée à côté d’un tas de choses. Ça me fera une très bonne raison de relire ce roman exceptionnel plus tard, et je sais d’avance que je serai très heureuse de retrouver mes chers hordeux.

Quant à vous lecteur qui n’avez pas encore succombé, ne faites pas comme moi, n’attendez pas inutilement. Attachez votre harnais, faites bloc et pack !

vendredi 23 août 2013

Cristallisation secrète - Yoko Ogawa



4ème de couverture :

L'île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d'effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s'épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d'un oiseau s'est évanoui tout comme celui de l'émotion que provoquaient en elle la beauté d'une fleur, la délicatesse d'un parfum, la mort d'un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner.
En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l'objet de rafles terrifiantes...
Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l'insidieux phénomène d'effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire.

Mon avis :

Je ne lis pas souvent des auteurs japonais, je ne sais pas pourquoi mais la littérature nippone ne m’attire pas particulièrement. C’est à l’occasion d’une lecture commune que je me suis penchée sur ce roman de Yoko Ogawa, le résumé me plaisait et puis … dès que je vois les mots « régime totalitaire » je suis obligatoirement intéressée.
Bizarrement, je n’ai pas vu dans ce roman qu’une métaphore de régime totalitaire, j’ai trouvé que le message allait au-delà.
En effet, le régime mis en place et les phénomènes d’effacement qui touchent cette île inconnue participent à la progressive perte d’identité de tous les habitants. D’ailleurs les personnages ne sont jamais nommés, ils sont distingués soit par leur initiale (« R »), soit par d’autres moyens ( « le grand-père », « l’ex-chapelier » …). Les lieux aussi sont inconnus, nous sommes sur une île mais aucune autre indication géographique n’est donnée. Aucune indication de temps également. On se doute de la similitude avec le Japon ( par la mention d’autres îles à proximité, par le tsunami) mais on reste avec cette impression d’être dans un univers parallèle, dans une autre dimension.

Au fur et à mesure des disparitions, la mémoire des habitants de l’île s’efface, ils oublient l’objet disparu et tout ce qui s’y rattache. Parfois, les conséquences sont anodines mais lorsque les romans disparaissent et avec eux l’usage de l’écriture puis de l’expression, lorsque les membres même du corps humain sont oubliés de leur possesseur, la perte d’identité, l’effacement de l’individu deviennent entiers.

Le parallèle avec les régimes totalitaires que l’on connaît et leur mode de fonctionnement est évident. Police secrète, des dissidents traqués, la méfiance et la peur de la délation, une économie qui s’effondre, la faim, le marché noir, un système qui s’autodétruit, le contrôle des individus et la résignation de ces derniers.

Mais en même temps, ce roman est une belle réflexion sur ce qui est le fondement de notre identité, sur l’importance de nos souvenirs sur ce que nous sommes. Yoko Ogawa montre à merveille les dégâts que peuvent causer la perte de la mémoire, transformant une personne en une autre … étrangère. Les proches des malades atteints de la maladie d’Alzheimer et de toute forme d’amnésie en savent quelque chose.

La narratrice étant écrivain, Cristallisation secrète est aussi un roman dans le roman. Cette deuxième histoire est même encore plus perturbante que l’intrigue principale. Toujours en exploitant le thème de la disparition, elle montre les effets pervers qui peuvent en découler.

Le tout est assez bien mené même si on repère quelques incohérences et si l’univers créé par l’auteur est un peu bancal. On ne peut s’empêcher de se poser des questions d’ordre « pratique » que l’auteur a laissé complètement de côté.
Mais l’idée était assez originale et n’était pas très évidente à traiter. Yoko Ogawa a su habilement mêler l’onirique et l’angoissant. On ressent à la fois toute la poésie du texte et toute l’atmosphère lourde et malsaine relative à la situation.

Pas un coup de cœur mais une belle lecture riche en réflexion que je recommande.

jeudi 15 août 2013

Nulle part dans la maison de mon père - Assia Djebar



Difficile de trouver son identité lorsqu’on est écartelé entre deux cultures. On connaît dans notre société actuelle les difficultés identitaires des jeunes issus de l’immigration considérés comme étrangers sur leur propre sol natal, et considérés comme français dans le pays d’origine de leurs parents. Comment trouver sa place dans un tel cas de figure ? Alors que pourtant la double culture devrait être une force et une richesse, elle devient finalement un handicap et un motif de rejet.

Dans ce roman d’Assia Djebar, son dernier jusqu’à maintenant, l’auteur nous retrace ses souvenirs. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie mais plutôt d’une somme de moments qui ont marqué son enfance et son adolescence. Roman très intimiste donc dans lequel j’ai cru voir le pendant algérien du problème identitaire de cette génération dont j’ai parlé en introduction.
Nous sommes sous l’Algérie coloniale, peu avant la guerre. Fatima ( véritable prénom de l’auteur) est fille d’instituteur. A ce titre, elle est en rapport étroit avec la population européenne. Elle fréquente l’école des maîtres français, joue avec les enfants des colons. A la maison, on parle essentiellement la langue française. Malgré ça, l’empreinte de la tradition s’exprime à travers sa famille, les femmes voilées qu’elle croise dans la rue et au hammam, sa mère qui porte le haik ce grand voile blanc dont se couvraient les algériennes de l’époque. Mais c’est surtout le caractère rigoriste de son père qui la marquera le plus et un événement en particulier. Alors qu’elle essayait, en compagnie d’un petit garçon européen, d’apprendre à faire du vélo, son père la surprend et la fait rentrer sur le champ. Il lui reproche alors sévèrement d’avoir montré ses cuisses. Fatima n’avait que 6 ans …

A partir de cet instant, l’insouciance d’une petite fille fait place à la crainte et à l’incompréhension. Pourtant le père de Fatima n’est pas si strict et traditionnel que ça. Elle peut sortir sans le voile, elle peut porter des jupes. Elle peut se rendre à son internat sans chaperon. En revanche, pas question de se vêtir d’une robe laissant les épaules et le dos dénudés. Fatima ne comprend pas pourquoi ces françaises peuvent ainsi se promener en toute liberté, sans surveillance et en tenue légère et que les algériennes soient, elles, emprisonnées dans leurs voiles et dans leurs maisons. Pourquoi les algériens respectent ces mêmes françaises mais insultent l’algérienne qui ose se tenir comme elles ?
Fatima ne supporte pas cette injustice. Petit à petit, elle transgresse, fréquente des garçons en cachette, la crainte dans le cœur («  Si mon père le sait, je me tue »), une crainte telle qu’elle va jusqu’à commettre un acte désespéré.

Cette contradiction entre deux cultures, entre deux statuts de la femme, va marquer durablement Assia Djebar et imprégnera toute son œuvre.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture.
- Par cette image qu’elle donne de la vie quotidienne sous l’Algérie coloniale du point de vue d’une petite fille puis d’une ado, bref à un âge où on se construit, où ce qui nous entoure forge notre personnalité.
- Par le style très travaillé de l’auteur. Un style plein de mouvement et de rythme, tout en variations tantôt lent tantôt puissant. Un style qui joue aussi avec les sonorités. J’ai vraiment été charmée par la plume d’Assia Djebar.

Roman catharsis, roman thérapie, Nulle part dans la maison de mon père est le témoignage d’une enfance passée dans la contradiction et l’affrontement entre deux tendances qui s’opposent et se déchirent. Ce roman est aussi l’expression d’un mal être, d’un étouffement dont les responsables sont des hommes, le père d’abord, figure omniprésente, puis le futur mari. On sent leur ombre planer tout au long de la lecture à l’image de cette société patriarcale qui laisse si peu de place à la femme. Un roman qui éclaire l’œuvre de l’auteur et sa prise de position dans le combat des femmes pour l’égalité. C’était d’ailleurs ce fait qui m’avait tenue à l’écart des romans d’Assia Djebar mais cette lecture m’aura fait comprendre l’origine de ces idées.


vendredi 9 août 2013

Les mystères d'Udolphe - Ann Radcliffe

L’auteur : Ann Radcliffe ( 1764-1823)
Ann Radcliffe est une des pionnières du roman gothique. La plupart de ses romans mettent en scène des jeunes filles innocentes confrontées à des hommes tyranniques à la vie douteuse, les scènes se déroulent principalement dans de sombres châteaux. L’œuvre d’Ann Radcliffe a connu un grand succès au sein de l’aristocratie et de la bourgeoisie britanniques. Elle a eu de nombreux imitateurs et de grands écrivains la comptent parmi leurs références. On peut citer Balzac, Dostoïevski, Jane Austen, Victor Hugo, Eugène Sue et bien d’autres…

L’œuvre : Les mystères d’Udolphe écrit en 1794 est considéré comme le chef d’œuvre d’Ann Radcliffe et comme le roman typique du genre gothique.




Mon avis :

Je ne sais plus du tout pourquoi j’ai voulu lire ce livre. Je m’étais même inscrite à une lecture commune ( que je n’ai pas honorée dans les délais impartis ) mais impossible de me rappeler ce qui m’avait motivée à le faire. Ce n’est pas une critique trouvée sur la toile, et je vous arrête tout de suite, ce n’est pas non plus à cause du roman de Jane Austen dont je n’avais pas entendu parler jusque-là. Toujours est-il que me voilà avec ce bon gros pavé entre les mains et une légère appréhension car avant de commencer à en tourner les pages, j’ai lu en diagonale 2-3 avis par-ci par-là qui n’étaient pas très encourageants.
Ayant surmonté mes craintes et avalé les quelques 900 pages, je peux maintenant me féliciter de cette lecture venue d’on ne sait où et qui m’a vraiment enthousiasmée.
Tout ce que je savais de l’histoire avant d’entamer ma lecture était qu’il s’agissait d’une jeune fille et d’un château « hanté ». Je n’en attendais donc rien de particulier et je pense que c’est ce qui fait qu’on apprécie le roman ou non à la fin.

Ma première crainte était l’ennui. Nombre de lecteurs ont déploré le manque d’action et la présence de grosses longueurs.

          J’avoue … Les 200 premières pages sont très longues et j’ai du m’accrocher. On a l’impression de piétiner, qu’il ne se passe rien, on attend un événement qui ne vient pas. Et pourtant, Ann Radcliffe tisse lentement sa toile, met en place ses personnages, prépare son intrigue. Quelques interrogations sont soulevées et les premiers mystères s’installent tout doucement, trop doucement pour donner un effet de suspense il est vrai. Néanmoins ces 200 premières pages sont nécessaires et indispensables à la suite du récit. Le lecteur mémorise quelques curiosités afin de savoir si l’auteur n’oubliera pas d’y revenir par la suite.

         
J’avoue… Il y a beaucoup de descriptions. Ce qui fera obligatoirement soupirer d’ennui ceux qui ne supportent pas qu’on puisse s’attarder pendant dix lignes sur la beauté d’un coucher de soleil dardant ses derniers rayons sur des sommets enneigés. Ann Radcliffe appréciait beaucoup la peinture et ses descriptions sont à l’image de cette passion. Pour ma part, je les ai trouvées magnifiques, j’en ai pris plein les yeux. Ann Radcliffe a un style très poétique qui donne un charme fou à ces paysages sauvages qu’elle dépeint si précisément. Il faut souligner que la nature est omniprésente dans le récit ( ce qui est caractéristique du genre gothique), les paysages ont toute leur place et ils sont extrêmement variés. Le lecteur voyage ainsi parmi les versants abrupts des Pyrénées, porte son regard sur la plaine de la Garonne, traverse les Alpes, vogue à bord des gondoles de Venise et s’achemine péniblement à travers les forêts des Apennins vers le triste et lugubre château d’Udolphe. Les descriptions dans ce roman participent donc par leur puissance d’évocation à l’ambiance du récit, forêts sombres et sinistres, gouffres béants et précipices, éclairs illuminant les remparts délabrés d’un vieux château gothique. Pour ma part, je me suis régalée.

       
Passé les 200 premières ( et longues) pages, Emilie fait son entrée au château d’Udolphe. A partir de cet instant, Les mystères d’Udolphe s’est transformé pour moi en véritable page-turner, je n’arrivais plus à lâcher mon livre, n’allant me coucher le soir que lorsque mes yeux n’en pouvaient plus. Le côté mystérieux prend de l’ampleur, Ann Radcliffe insère plusieurs éléments propres à créer un climat d’angoisse. Habitués des thrillers, serials-killers, romans d’horreur en tout genre, ne vous attendez pas à retrouver vos frayeurs habituelles, on en est très loin !Notre société actuelle qui ne cache plus rien de l’horreur dont est capable l’être humain a tendance à rendre le lecteur un peu trop blasé et trop exigeant.
Il faut bien avoir à l’esprit que Les mystères d’Udolphe a été écrit au XVIII ème siècle et qu’Ann Radcliffe a placé son action au XVI ème siècle, les sensibilités étaient alors fort différentes et on s’émouvait de peu. Néanmoins, ceux qui comme moi, restent bon public et frissonnent rien qu’à l’idée de se retrouver seul en pleine nuit dans une vieille bâtisse, théâtre d’événements inhabituels, devraient trouver leur bonheur. D’autant plus que le suspense est entretenu tout du long.

Quelle est donc cette forme humaine qui se promène la nuit sur les remparts ? Qu’est-ce qui se cache derrière le voile noir et qui fait trembler Emilie d’épouvante ? Qui est réellement celui qui la retient prisonnière et qu’attend-t-il d’elle ? Pourquoi des personnes disparaissent alors qu’elles passaient la nuit dans la chambre de la marquise, chambre condamnée depuis 20 ans ? Les questions s’accumulent et petit à petit les réponses viennent.  Ces réponses pourront surprendre voire en décevoir quelques-uns. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié ces dénouements même si certains peuvent prêter à sourire ( non pas par le ridicule mais par l’humour ) et d’autres peuvent être jugés comme relevant de la facilité. J’ai trouvé que tout était cohérent, tout se tient et s’explique et surtout Ann Radcliffe n’a rien oublié. On obtient la solution à tous les mystères et bien que j’ai pu avoir parfois la puce à l’oreille, elle aura réussi à me berner quelques fois.

Quant aux personnages, on trouve du bon et du moins bon. Ce qui revient souvent dans les critiques concerne surtout l’héroïne Emilie de Saint-Aubert.

          J’avoue … Emilie pleurniche et se pâme à quasiment toutes les pages ce qui a le don d’exaspérer au début et puis … on s’habitue. Que les lectrices amatrices des héroïnes modernes fortes, féministes, blindées à toute épreuve et qui en remontrent aux machos passent leur chemin ou fassent preuve d’indulgence car Emilie n’est point de celles-là. Emilie a été élevée à l’abri du grand-monde et de ses vices. L’éducation de son père en a fait une jeune fille innocente ne connaissant que la bonté d’âme. Son aventure dans le roman fera son apprentissage et sera son rite de passage dans le monde adulte. Son parcours lui donnera plusieurs fois l’occasion de tomber dans le vice et dans les tourments des passions. Le thème de la chute est d’ailleurs répercuté dans les descriptions par les nombreuses mentions de précipices que les personnages devront traverser ou longer périlleusement, d’escaliers menant à de sombres caves ou souterrains, à des tombes et des caveaux.

          L’omniprésence de l’obscurité symbolisant le vice cherche à mettre en valeur cette quête de la lumière qui délivre des tourments. Emilie est prisonnière dans ce château comme elle est prisonnière de ses passions. Celui qu’elle aime, Valancourt, s’approchera, aussi, bien près de la chute. D’autres personnages en sont également l’illustration flagrante, notamment à travers les femmes, certaines ayant chuté par opposition à d’autres ayant su rester vertueuses. La romance pourra donc paraître un peu mièvre et niaise mais elle a une portée symbolique.
          Les mystères d’Udolphe est un roman d’apprentissage, il était destiné aux jeunes filles de bonne famille afin qu’elles en tirent un enseignement qui nous paraîtra peut-être bien naïf à nous autres du XXI ème siècle mais qui entrait pleinement dans l’instruction des jeunes demoiselles de la haute société à l’époque. Jeunes demoiselles souvent contraintes à des mariages d’intérêt à l’encontre de leurs sentiments et à mener une vie qu’elles auraient souhaiter autre. Roman à morale donc ( un peu comme les fables de La Fontaine) puisque Ann Radcliffe nous précise en guise de conclusion :

« Puisse-t-il du moins avoir été utile de démontrer que le vice peut quelque fois affliger la vertu ; mais que son pouvoir est passager, et son châtiment certain ! Tandis que la vertu froissée par l’injustice, mais appuyée sur la patience, triomphe enfin de l’infortune.
Et si la faible main qui a tracé cette histoire a pu, par ses tableaux, soulager un moment la tristesse de l’affligé, par sa morale consolante si elle a pu lui apprendre à en supporter le fardeau, ses humbles efforts n’auront pas été vains, et l’auteur aura reçu sa récompense. »

Roman magnifique donc à la plume délicieuse et toute en finesse, Les mystères d’Udolphe m’aura beaucoup surprise et m’aura totalement charmée par sa force d’évocation, j’y étais vraiment. Je le conseille vivement mais évitez absolument de lire la préface en premier, elle est truffée de spoilers qui vous gâcheront toute la lecture. En revanche, post-lecture elle s’avère très instructive.

Les avis de : Claudialucia (avec une intéressante mise en parallèle avec Northanger Abbey de Jane Austen) , Nathalie, Cléanthe




J'ai bouclé le programme que je m'étais fait pour le challenge de Brize mais peut-être qu'il y aura encore un bon pavé avant la clôture du challenge. Je ne sais pas encore lequel mais ce n'est pas le choix qui manque !