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jeudi 7 mars 2013

Bleu comme l'enfer - Philippe Djian



On peut penser ce que l’on veut du système France Loisirs, qu’ils « poussent » à l’achat, que c’est une contrainte etc…, j’avoue que je leur dois quand même un bon nombre de découvertes. Je ne trouve pas forcément mon bonheur à chaque trimestre et suis donc obligée d’y aller au hasard et c’est comme ça que je me suis retrouvée avec le premier roman de Philippe Djian entre les mains ( il faut dire que la couverture du livre n’y est pas pour rien dans mon choix ). C’est de retour à la maison, en faisant la ronde des avis sur le net, que j’ai commencé à craindre le pire. Beaucoup d’avis négatifs m’ont fait laissé le livre de côté pendant un certain temps. Mais la curiosité a pris le dessus et j’ai fini par l’ouvrir.

Bleu comme l’enfer est le récit d’une cavale, d’une chasse à l’homme à travers le désert américain.
Ned, un jeune trentenaire un peu paumé, doit livrer une Buick à certaines personnes apparemment peu recommandables. Mais il ne trouve rien de mieux, sur le trajet de livraison,  que de braquer un snack. Il embarque au passage un des clients et s’enfuit avec les flics aux trousses. Nos deux larrons se font finalement arrêter, la Buick est confisquée et les deux lascars emmenés par un des policiers, Franck. Mais ce dernier ne semble pas très respectueux des procédures et ramène ses prisonniers chez lui. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’ils finiraient par s’enfuir embarquant au passage sa femme et sa fille ( de leur plein gré, il faut bien préciser). Le quatuor va tenter de récupérer la Buick mais Franck les prend en chasse.

Les cinquante premières pages ont été laborieuses et je me suis demandée si je n’allais pas abandonner. J’ai eu, en effet, un peu de mal avec le style cru et parfois vulgaire, les scènes de sexe. Mais malgré ça, j’ai persisté et j’ai bien fait.
Oui, le style de Philippe Djian est particulier. Il s’agit surtout d’un style oral où le lecteur a l’impression d’entendre les pensées des personnages rapportées telles quelles. Ce qui donne certains passages où de courtes phrases s’enchaînent sur plusieurs pages avec juste des virgules pour les séparer, entrecoupées aussi d’interjections, de jurons. De même avec les dialogues, qui commencent de façon classique au style direct avec passage à la ligne et chaque réplique bien marquée, puis Djian ne précise plus qui parle, le marquage disparaît, le saut à la ligne aussi, tout s’enchaîne et seule la logique permet de distinguer chaque réplique et qui en est l’auteur ( ça m’a rappelé un peu Cormac McCarthy ).
Alors même si c’est un peu difficile à la lecture, j’ai trouvé cette façon d’écrire géniale, ça rend le récit très vivant, très spontané, le lecteur est immergé et ne reste pas simple spectateur.

Ce qui peut gêner aussi, c’est le langage très cru, l’atmosphère assez malsaine pleine de violence, de sexe, de drogue et d’alcool. Les personnages sont tous des paumés, Franck est un alcoolique obsédé sexuel, sa femme Lili une grande consommatrice de joints. On les trouve plutôt antipathiques et pathétiques au premier abord mais on se rend vite compte que tout cela exprime un profond malaise et un grand mal de vivre. Tous ne parviennent pas à trouver leur place dans cette société des années 80 qui se trouve être déjà la société de consommation que nous connaissons. Et Djian parsème alors son récit de ses petites phrases qui semblent anodines mais qui en disent très long sur la vision des personnages ( et SA vison ?) de la vie et du monde qui les entoure, tout comme au détour d’une page, après une scène violente, on se surprend à lire quelques lignes pleines de poésie aussi incongrues et éphémères qu’une fleur sur un cactus. Certaines scènes et dialogues m’ont également beaucoup fait rire.

Philippe Djian retranscrit aussi à merveille l’ambiance de son récit. Il évoque beaucoup les sons et les couleurs, et cette chaleur accablante qui assomme les personnages tout au long de leur périple à travers le désert. On imagine les décors et on s’y croirait presque tellement Djian parvient à jouer avec nos sens. Les perceptions ont une grande place dans ce texte.
Un mot enfin sur l’intrigue elle-même : elle est passionnante. Le récit alterne entre les points de vue de nos quatre fugitifs et celui du chasseur. Le lecteur entre dans certaines confidences mais est aussi parfois bien surpris. J’ai été tenue en haleine tout au long de ma lecture, j’ai vraiment eu l’impression de partir en cavale avec eux, avide de savoir comment tout cela se terminerait même si on pressent, dès le début, que la fin sera tragique.

Pour un premier roman, Philippe Djian a vraiment fait fort. Bleu comme l’enfer est un chef d’œuvre construit brillamment, extrêmement bien ficelé, profond et écrit dans un style bien plus riche qu’il n’y paraît. Philippe Djian écrit avec ses tripes et j’adore ça. Le prochain que je lirai sera son très célèbre 37°2 le matin et j’espère y retrouver ce souffle rageur qui m’a transportée ici.


-         Oui, mec, c’qu’y a ?
-         Ho, je peux te parler, t’es pas trop raide ?
-         Mec, je suis raide, mais tu peux parler. J’entends super, t’es à côté de moi, ouais.
-         Bon, je me suis fait piquer la Buick.
-         Ouais, tu t’es fait piquer la Buick et moi je chie de l’héroïne pure ooouuoouuuaaaaaaaaaaaaa…
Ned écarta l’écouteur de son oreille, même comme ça le rire de Jimmy gardait un bon volume. Quand il se calma, il dit :
-         Ooouuu, je me suis pissé dessus. Terrible.
-         Jimmy, je déconne pas.
-         Hein ?
-         C’est les flics.
-         …
-         Hey, t’es toujours là ?
-         Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…
-         Je sais, calme-toi.
-         …iiiiiiiiiiiiii…
-         Bon, écoute, je serai là dans la nuit. Je t’expliquerai…
-         OH….OH….OUI MON SALAUD….ARRIVE, OOHHH…JE SUIS MORT.
-         Tu n’es pas mort, tu me parles.
-         JE SUIS MORT, JE TE DIS !
-         Bon, j’aime mieux ça.
-         JE T’AVAIS DIT DE FAIRE GAFFE !
-         D’accord, tu l’avais dit. Ça change rien.
-         TU AS FAIT LE CON, J’EN SUIS SÛR ! OH DOUX JESUS !
-         J’arrive. Va t’allonger.
-         OH BON DIEU, MON CRÂNE VA EXPLOSER ET IL CROIT QUE JE VAIS POUVOIR M’ALLONGER… IL EST DINGUE !

samedi 9 juin 2012

Sur la route - Jack Kerouac




Résumé :

Sur la Route est le livre clef de la beat generation. C'est le récit des errances de l'auteur (Jack Kerouac porte le pseudonyme de Sal Paradise) sur les routes américaines. Voyageant en auto-stop, logeant chez qui l'accepte, partageant femmes et alcool avec des amis d'un jour, Kerouac s'abandonne à la loi du hasard, à la recherche d'une fraternité réelle. Sur la route est le compte rendu de cette quête, de ses moments d'euphorie, mais aussi de ses passages à vide et ses échecs.

Mon avis :

Avec la sortie du film, l’exposition qui lui est consacrée, on ne peut pas passer à côté du célèbre Sur la route de Kerouac et lorsque le livre a enfin été choisi pour le club de lecture de Babelio, je me faisais une joie de découvrir enfin le chef d’œuvre dont on parle tant et qu’on encense à ce point. J’ai donc pris place à bord en compagnie de Sal, Dean et les autres.

Eh bien la déconvenue fut à la hauteur de mon enthousiasme initial au point que je me suis arrêtée au km 386 , impossible d’aller plus loin et de poursuivre le trajet sans prendre le risque de devoir stopper sur le bas-côté en catastrophe afin de déverser dans le fossé le contenu de mon estomac.
Autant j’adore voyager, autant là je préfère rentrer chez moi plutôt que de perdre mon temps en si mauvaise compagnie.
Je vais probablement m’attirer les foudres de certains mais peu importe ( « je m’en fous » comme dirait Sal) mais je ne comprends absolument pas l’engouement que suscite ce livre et encore moins qu’il soit devenu un monument de la littérature. Qu’il soit emblématique d’une génération, à la rigueur, ok, mais je me sens à des milliards d’années lumière de la mentalité de cette génération.
D’ailleurs, elle me rappelle drôlement la société actuelle qui fait l’apologie de la beaufitude et de la vulgarité.
Alors donc forcément, je n’ai pas pu être sensible aux pérégrinations de cette bande de loosers qui se prennent pour des pseudos-rebelles et s’imaginent qu’être libre, c’est passer son temps à se bourrer la gueule, se marier et divorcer toutes les 5 minutes, disperser sa semence et faire des gosses aux 4 coins du pays, se droguer, voler, j’en passe et des meilleures … Si c’est ça vivre sa vie intensément, alors je dois avoir un gros problème existentiel.
Je veux bien croire qu’être libre c’est s’affranchir de toute contrainte, toute responsabilité, de faire fi des limites et des lois qu’on nous impose. Mais le faire de cette façon-là, je trouve ça plutôt destructeur et sans aucun intérêt. Qu’est-ce que ça apporte ? Je me suis demandée à plusieurs reprises si Sal et Dean étaient vraiment heureux de mener cette vie. Quand je constate comment Kerouac a fini sa vie, je n’en ai pas l’impression. En tout cas, je n’ai pas du tout la même philosophie de vie quitte à passer pour une coincée ou une « has-been » (rien qu’en utilisant ce terme, je dois en être une, non ?). En parlant de philosophie, les babillages sans queue ni tête de Dean m’ont franchement fait rire. Comme quoi, il ne suffit pas de lire les philosophes pour en être un.
On dit que les voyages forment la jeunesse mais je ne crois pas que ce voyage-là ait formé quoique ce soit. Bon, c’est dommage, j’aimais bien regarder les paysages défiler derrière ma vitre et je reconnais avoir pris du plaisir à lire tout le passage où Sal voyage seul mais dès que Dean réapparaît, c’est fini …
Je préfère donc descendre en cours de route pour incompatibilité d’humeur et continuer mon chemin seule à ma façon et je sais que de beaux moments m’attendent pour me faire oublier cette pénible mésaventure.