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jeudi 18 décembre 2014

Fleur de Neige - Lisa See



4ème de couverture :

Dans la Chine du XIXème siècle, le destin de deux jeunes filles est lié à tout jamais. Fleur de Lis, fille de paysans, et Fleur de Neige, d’origine aristocratique, sont nées la même année, le même jour, à la même heure. Tous les signes concordent : elles seront laotong, âmes sœurs pour l’éternité.
Les deux fillettes grandissent, mais si leur amour ne cesse de croître, la vie s’acharne à les séparer. Alors que la famille de Fleur de Neige tombe en disgrâce et que la jeune fille contracte le mariage le plus infâmant qui soit, Fleur de Lis, par son union, acquiert reconnaissance et prospérité. L’amitié sacrée des deux femmes survivra-t-elle au fossé que le destin a creusé entre elles ?

Mon avis :

Lorsque Sarah nous a proposé ce titre lors de notre club de lecture et qu’elle nous en a lu le résumé que je vous ai rapporté ci-dessus, je vous avoue que je n’étais que très moyennement enthousiaste. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je craignais un texte et des personnages larmoyants donnant dans le pathos. Et j’ai finalement été très agréablement surprise. (merci Sarah !)

Fascinante immersion dans la vie quotidienne de la Chine rurale au XIXème siècle, Fleur de Neige est un roman derrière lequel se cache un véritable documentaire sur la condition des femmes chinoises de l’époque et la description d’une société très hiérarchisée qui compte bien des points communs avec d’autres sociétés d’autres contrées.

Le début du roman est assez dur pour le lecteur sensible car Lisa See nous évoque immédiatement la tradition des pieds bandés, coutume qui aura perduré jusqu’au milieu du XXème siècle. Vers l’âge de 7 ans, toutes les petites filles doivent subir un rituel qui relève de la pure mutilation. Le but est d’obtenir les pieds en forme de lis les plus jolis afin de pouvoir contracter le meilleur mariage possible. Ce rituel est un vecteur d’ascension sociale puisque ce critère permet même à une femme d’origine modeste de pouvoir envisager une union avec une famille de statut plus noble. La fillette qui refuse de se soumettre à cette torture volontaire est condamnée socialement à ne pas se marier et, dans le meilleur des cas, à travailler au service des autres sans bénéficier d’aucune protection. Cependant la pratique des pieds bandés est une pratique extrêmement douloureuse et dangereuse puisque une fillette sur 10 n’y survit pas. D’autres peuvent connaître des complications qui les handicapent à vie. Mais de toutes façons, jamais plus une femme aux pieds bandés ne pourra parcourir de longues distances à pied. Mais peu importe puisque dans la société chinoise de l’époque, une femme reste cloîtrée dans ses quartiers, s’occupe de son foyer, des travaux de couture, de ménage, de cuisine.
Les descriptions sont très dures puisque Lisa See nous explique par le détail comment les femmes procédaient au bandage des pieds. J’en étais mal à l’aise au point de ne plus supporter mes chaussettes, j’avais mal aux pieds par procuration !

Ce souci du détail et de la précision de la part de l’auteur se remarque aussi pour tout le reste. Elle se livre à une véritable étude sociologique. Les relations au sein de la famille sont expliquées dans toute leur complexité : le rôle des épouses, des mères, du mari, des concubines, la place des enfants selon leur sexe. Les relations extra familiales apparaissent aussi à travers la coutume des sœurs adoptives qui accompagnent une jeune fille jusqu’à son mariage et celle du laotong qui consiste à unir deux petites filles dont tous les signes concordent, un lien très puissant puisqu’il est censé durer toute la vie. La force de ce lien sera mis à rude épreuve pour Fleur de Lis. Son attachement à son âme sœur Fleur de Neige lui est d’autant plus précieux que Fleur de Lis recherche désespérément à être aimée, elle qui n’a jamais connu aucun geste d’amour ou de tendresse de la part de ses parents. Les mariages étant arrangés, elle n’espère pas d’amour de ce côté là et reporte toutes ses attentes sur sa laotong avec tous les risques qu’un amour unique peut comporter.

Lisa See n’oublie pas non plus le contexte historique puisqu’elle place son intrigue à l’époque de la révolte des Taiping. Elle nous explique aussi tous les bouleversements liés à chaque changement d’empereur et les répercussions que cela peut avoir sur les familles. Des fortunes peuvent être rapidement anéanties. Quand ce ne sont pas les soldats impériaux ou les révoltés qui saccagent et ravagent la population, les fléaux naturels prennent le relais et effectuent aussi leur sinistre besogne ainsi la fièvre tiphoïde qui décime une large partie de la population.
Personne n’est à l’abri, le statut social et la fonction ne protègent de rien. Certains sont même infamants à vie et ce n’est pas sans rappeler la caste des intouchables en Inde.

Il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans ce roman richement documenté ( l'auteur est allée sur place et a recueilli des témoignages ) et dont je ne vous dirai rien. Je ne peux que vous inciter à le lire tant il est magnifique, écrit de façon subtile et douce, un style qui se marie bien avec le propos et le destin des personnages. Ce roman m’a transportée dans le temps et dans l’espace, m’a touchée, horrifiée mais je suis ressortie de ma lecture enchantée et envoûtée. J’ai appris énormément, bref, Fleur de Neige concentre tout ce que j’aime dans un livre.



jeudi 19 janvier 2012

L'Empereur des Ming - Wu Han



4ème de couverture :

Au XIVème siècle, un certain Zhu Yuanzhang devint empereur de Chine. Il fonda une dynastie, celle des Ming, qui "éclaira" la Chine trois siècles durant.
C'est le destin de cet homme que fait revivre ici l'historien Wu Han, celui de ce gardien de troupeau qui devint chef de bande, puis généralissime des armées en lutte contre les troupes mongoles, avant de se proclamer empereur des Ming.
Trente et un ans de règne à force de massacres, de sadisme et de tortures: il inaugura l'un des régimes les plus tyranniques qu'ait connu la Chine. Conquérant ambitieux et cruel, il élimina ses ennemis : militaires, intellectuels, fonctionnaires, avant d'imposer un régime despotique et une politique de terreur dans toute la Chine.

Mon avis :

Je connais très mal l’Histoire de la Chine malgré plusieurs tentatives de m’y intéresser sérieusement, tentatives accompagnées de l’achat de quelques ouvrages sur le sujet. Je la savais très intéressante mais également très complexe. Ce livre de Han Wu traînait dans ma bibliothèque depuis un certain nombre d’années, il était temps que je l’en sorte.
Je pensais lire une biographie romancée mais il s’agit en fait d’une véritable biographie bien  qu’elle ne respecte pas les règles de rigueur dans tout travail historique ( notamment la nécessité de préciser ses sources ) mais ça a au moins le mérite d’alléger considérablement la lecture. Pensant qu’il était romancé, je m’étais dit que ce serait un moyen plus agréable de me replonger dans l’Histoire chinoise.
Pas de roman donc mais pas de déception non plus car cette biographie est claire et relativement bien écrite .

La première moitié du récit est consacrée à l’ascension de Zhu Yuanzhang. Han Wu nous explique ainsi comment le jeune homme de condition pauvre issu d’une famille de simples paysans parvint à s’emparer d’un immense territoire et à en faire son empire. Né sous le règne de la dynastie mongole des Yuan, Zhu Yuanzhang connaît la misère et les famines relatives à cette période. Il perd peu à peu toute sa famille. Menacé à son tour par la famine, il se réfugie dans un monastère qu’il quittera pour s’engager dans l’armée des Turbans Rouges, armée constituée de rebelles et paysans se révoltant contre le pouvoir en place.
Zhu Yuanzhang se montre brillant élément et peu à peu parvient à gravir la hiérarchie militaire.
Profitant de querelles internes, de ses précieux conseillers et de son sens de la stratégie, il réussit à éliminer tous ses adversaires et à se faire proclamer empereur d’un vaste territoire.
Cette première partie est finalement assez ennuyeuse puisque essentiellement tournée vers le récit de batailles. Je me suis un peu perdue entre les différents noms de villes, régions et chefs militaires.

La deuxième partie est beaucoup plus intéressante car dédiée au règne de l’empereur. Et là, je suis allée de stupéfaction en stupéfaction. Wu Han nous dresse le portrait d’un tyran sanguinaire et paranoïaque à nous glacer le sang, le tout appuyé de quelques exemples et anecdotes absolument incroyables. Zhu Yuanzhang tient absolument à ancrer sa dynastie et emploie tous les moyens pour ça : élimination de tous les opposants et de toute personne susceptible de le devenir, surveillance et contrôle étroit de toute la population. Tout le monde est épié et surveillé, chacun doit surveiller et rapporter tout ce que fait son voisin. Le système de gouvernement de l’empereur est basé sur la délation. Et il ne faut pas grand chose pour éveiller les soupçons. D’où le procès des mots. Un seul mot mal interprété et c’est la mort assurée. Avec l’empereur il n’y a pas de demi-mesure, c’est la vie sauve ou la mort … et c’est plus souvent la mort. Zhu Yuanzhang se complaît à inventer et à faire appliquer les pires supplices. Son obsession et sa certitude d’être entouré de comploteurs le conduit à réaliser de véritables purges. La mise en accusation d’un simple ministre conduit à l’exécution de plus de 80000 personnes.
Tout est codifié et régenté, ce que l’on doit faire, ce que l’on ne doit pas dire. Ce système de terreur forme de véritables machines humaines. J’en suis venue à me demander si la docilité du peuple chinois ne trouvait pas finalement son explication dans des siècles et des siècles de conditionnement.
J’ai donc beaucoup apprécié cette lecture très instructive et facile à lire car pas trop détaillée. Une première approche idéale.