mercredi 11 janvier 2012

Jane Eyre - Charlotte Brontë



4ème de couverture :

Le destin dramatique de Charlotte Brontë transparaît dans l'histoire de son héroïne Jane Eyre, en rupture avec le puritanisme victorien de son époque.
Orpheline maltraitée, sans fortune et sans beauté, Jane entre comme gouvernante au manoir de Thornfield, pour s'éprendre du ténébreux Rochester, le maître des lieux. Entraînés par une passion sensuelle et une égale exigence morale, ils envisagent bientôt le mariage. Mais une présence mystérieuse hante ce domaine perdu entre landes et bruyères. Qui est cette femme, cette « folle » recluse dans une mansarde de Thornfield, qui menace leur union ?
En plein XIXe siècle, dans l'Angleterre victorienne qui voit s'éteindre les sombres lumières du roman gothique et s'étioler les vapeurs du spleen romantique, Charlotte Brontë incarne l'audacieux combat des femmes prêtes à se battre pour leur indépendance et leur liberté.

Mon avis (riche en spoiler donc attention !) :

Il est mitigé, partagé en deux car autant j’ai adoré la première moitié, autant j’ai détesté la seconde. Je m’explique :
Toute la première partie du roman consacrée à l’enfance de Jane m’a beaucoup plu. J’ai adoré voir cette enfant se rebeller contre son ignoble tante, j’ai adoré la voir tenir bon au pensionnat de Lowood. Et puis à partir de son arrivée à Thornfield, ça ne va plus. Je n’ai pas été touchée par cette histoire d’amour entre Jane et Rochester. J’ai trouvé les débordements d’affection de Rochester à la limite du ridicule et, à l’inverse, Jane m’a paru beaucoup plus froide. Malgré ce que Charlotte Brontë pouvait écrire, je n’y ai pas cru. Et puis ensuite, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, la fuite de Jane. Comment peut-on délibérément quitter un homme qu’on aime et qui nous aime passionnément ? Tout ça pour une question de dignité ou d’honneur ?
Alors oui je sais, c’est à replacer dans le contexte et la mentalité de l’époque mais vraiment j’ai haï Jane d’avoir fait ça. Et le pire c’est qu’à aucun moment elle regrette d’avoir agi ainsi ! Elle a brisé un homme et elle ne se sent même pas coupable ! Il y a un passage vers la fin qui m’a franchement choquée où c’est limite si elle ne le traite pas de vieux débris, mais où est l’amour là-dedans ? Tout ce que Charlotte Brontë a pu ajouter de mièvrerie ensuite n’a pas effacé pour moi ce passage-là. Et personne ne lui en veut, personne ne lui reproche rien. Je pensais que les domestiques allaient l’accueillir froidement mais non … rien ! Pour moi, c’est incompréhensible !
Bon et ensuite que de coïncidences ! Jane recueillie comme par hasard par ses cousins … Et le coup de l’oncle, je l’avais vu venir bien longtemps avant. Le comble lorsque Charlotte Brontë estime nécessaire d’expliquer le tout à son « Lecteur » parce que oui le lecteur est un demeuré il n’avait pas compris tout seul !
Autre chose qui m’a choquée : l’attitude de Rochester à l’égard de sa première femme. Elle est folle d’accord mais c’est une maladie, elle n’y est pour rien la pauvre femme ! Cela illustre bien la place qui était accordée aux aliénés mentaux au XIXème siècle !
Quant au personnage de Saint-John, en voilà un qui m’a laissée perplexe. Tout comme Jane je n’ai pas compris son obstination à vouloir se marier surtout s’il n’était pas amoureux et que le mariage n’était vraiment pas indispensable.
Donc voilà, c’est dommage car j’avais bien aimé le fait que ce roman se situe à la frontière entre le gothique et le romantique. Les éléments fantastiques qu’on y trouve donnent du piment au récit sans être trop farfelus. L’atmosphère de mystère créée autour de Grace Poole et de Berthe Mason est intelligemment travaillée.
Mais sinon, je suis complètement passée à côté de ce roman. J’avais adoré Les Hauts de Hurlevent que j’avais trouvé extrêmement fort et juste au niveau du rendu des sentiments et des émotions mais ça n’a pas du tout été le cas ici.
Je note quand même que j’ai été agréablement surprise par le ton et le style légers de Charlotte Brontë, ce qui étonne toujours quand on lit un classique.
Je remercie Arcaalea d’avoir organisé cette LC et de m’avoir permis de combler une lacune de ma culture littéraire.


mardi 10 janvier 2012

Suite(s) impériale(s) - Bret Easton Ellis



Cette fois-ci pas de résumé ni de 4ème de couverture.
Suite(s) impériale(s) c’est la suite de Moins que zéro. On retrouve donc Clay, devenu écrivain, et quelques-uns de ses amis 20 ans après et toujours dans la Cité des Anges.
Je suis un peu déçue par cette suite. Elle n’a pas du tout la puissance d’évocation qu’avait Moins que zéro. La forme, le style sont différents. C’est un peu normal me direz-vous, Moins que zéro était le premier roman de BEE et cette suite a été écrite 20 ans après, l’écrivain a mûri, son style évolué.
Ceux qui s’étaient ennuyés en lisant Moins que zéro ont certainement dû prendre plus de plaisir à la lecture de celui-ci. Plus rythmé, plus haletant, le roman est construit comme un thriller. Certains ont crié au scandale quant à certaines scènes jugées choquantes. Ceux-là n’ont pas dû lire American Psycho et je leur en déconseille donc fortement la lecture car Suite(s) Impériales(s) à côté c’est Disneyland.
Je ne sais pas quoi dire d’autre, peut-être n’aurai-je pas du enchaîner les deux livres ainsi et laisser un peu de temps s’écouler entre les deux.
Je pense que je suis passée à côté, j’en suis même certaine car je n’avais pas vraiment focalisé sur le narcissisme de Clay comme l’explique BEE dans cette vidéo.
En fait, je m’attendais à ce que Clay franchisse la ligne et qu’il devienne une sorte de Patrick Bateman et ce n’est pas le cas. Certes, il n’est pas un ange non plus mais voilà, j’imaginais à tort une sorte de American Psycho nouvelle version. Finalement, ce que BEE a fait est beaucoup plus intelligent que ce que moi j’avais imaginé mais vous savez ce que c’est, quand on se fait un film et que la réalité est toute autre …

samedi 7 janvier 2012

Moins que zéro - Bret Easton Ellis



4ème de couverture :

Clay, jeune étudiant sur la côte Est, revient à Los Angeles pour les vacances de Noël. Fils de bonne famille, il a tout pour être heureux : l’argent, les filles, l’accès à tous les plaisirs de la vie…et pourtant il est désabusé. Pendant quatre semaines, il va errer avec ses amis de fêtes luxueuses en boîtes de nuit branchées, s’enivrant de sensations fortes, consumant sa vie par les deux bouts… Mais il constate amèrement que rien ne peut masquer le mal-être propre à sa génération qui a déjà tout …mais qui ne se satisfait de rien.

Mon avis :

Beaucoup de personnes n’ont pas aimé ce livre. Et c’est vrai qu’avec Bret Easton Ellis, on aime ou on déteste, difficile d’avoir un avis mitigé. En ce qui me concerne j’ai aimé. J’ai aimé car ce livre m’a conforté dans ma conviction que l’argent ne fait pas le bonheur. J’ai aimé car, tout au long de ma lecture, je me suis rendue compte que ma vie à moi, aussi plate et insignifiante soit-elle, est tout simplement géniale et que je suis une grande chanceuse.

Clay est ce que l’on appelle un « gosse de riche », ses parents sont extrêmement fortunés, il ne manque de rien. Il a 18 ans, il a tout, peut tout faire, et pourtant il ne vit pas.
Son monde se résume aux sorties, en boîte, au cinéma, dans des bars, à des soirées people. Son entourage se compose de parents divorcés, de deux sœurs frivoles, et de ses amis. Enfin … peut-on vraiment parler d’amis ? Ils sont bien sûr du même milieu que Clay, sont livrés à eux-mêmes par des parents absents qui les ignorent, passent leur temps aux mêmes activités, se droguent, dealent et s’envoient en l’air avec tout ce qui bouge.

Tous les personnages que l’on croise dans ce roman se ressemblent : cheveux blonds coupés court, bronzage. Il y a beaucoup de personnages et j’ai eu parfois des difficultés à me remémorer qui était qui. Et puis il y a cette atmosphère lourde, pesante et malsaine. Il fait chaud en Californie, Clay souffre de cette chaleur, BEE insiste beaucoup sur ce détail et fait de nombreuses allusions au feu ou à des incendies faisant ainsi rapprocher le décor qu’il construit à l’Enfer lui-même : les petits-anges blonds qui ont tout pour réussir se retrouvent déchus et se débattent dans les flammes de la géhenne. Et le pire c’est que Clay a parfaitement conscience de tout ça, il l’avoue lui-même, il ne souhaite plus rien, ne s’intéresse à rien, n’a envie de rien, comme s’il avait baissé les bras et ne pouvait plus que se contenter de subir et de rester passif.

Certaines scènes sont un peu dures et choquantes, d’autres assez étranges. BEE parvient avec talent à décrire et à transmettre au lecteur ce désarroi et ce mal-être. Je me suis sentie aussi mal que Clay à certains endroits et j’avoue avoir ressenti de la pitié pour lui même si je me suis parfois interrogée à son sujet, notamment sur sa manie qu’il avait, plus jeune, de collectionner les articles de faits divers violents et sanglants. Je m’attendais alors à chaque instant à un dérapage, à ce qu’il franchisse la ligne mais au contraire, quand l’occasion se présente il refuse. J’ai donc eu tendance à mettre ça sur le compte de l’adolescence et de l’inévitable attrait que constitue parfois ce genre de choses pour les ados.

Ne lisez pas ce livre si vous voulez de l’aventure et des tas de rebondissements. Non, ce n’est pas ce genre de romans là. Certains se sont ennuyés, je peux les comprendre. Mais c’est justement l’axe de ce roman : l’ennui. Clay s’ennuie, ne trouve aucun sens à sa vie. Je l’ai déjà dit , il peut tout avoir et tout faire sauf qu’il ne peut pas rêver, il ne peut pas avoir d’objectifs, de projets, il sait d’avance qu’il lui suffit de s’y mettre pour réussir. Comment concevoir son existence sans lui donner un sens ? Ce qui finalement nous fait avancer et lever chaque matin n’est-il justement pas le fait que l’on a des défis à relever, des buts à atteindre ?
Mais à ces jeunes-là, ces anges blonds, que leur reste-t-il ? Si ce n’est la découverte de sensations fortes : la drogue d’abord, le sexe jusqu’au viol et la prostitution, la fascination pour un cadavre trouvé dans une ruelle …
Moins que zéro : en-dessous du niveau zéro le monde des enfers.
Moins que zéro : la température dans l’espace, dans le vide interstellaire.
Moins que zéro : le récit du vide de l’existence et de l’enfer sur Terre.

Quelques mots sur le style : un style clair, précis mais efficace parfois cru. BEE donne dans le détail c’est-à-dire qu’il raconte chaque geste que fait Clay (pas systématiquement non plus je vous rassure) mais à certains passages ça m’a marqué. Comme si BEE voulait ainsi combler le vide de l’existence de Clay. Les dialogues aussi m’ont surprise. Là où on pourrait voir des répliques inutiles, j’ai trouvé qu’au contraire BEE parvenait à nous retranscrire les dialogues tels qu’ils auraient réellement pu avoir lieu. Des platitudes, là encore pour combler le silence, le vide.

Aussitôt après avoir terminé ma lecture de ce livre, j’ai couru à la librairie me procurer la suite : Suite(s) impériale(s). J’ai hâte de voir ce qu’est devenu Clay.
Alors je vous laisse momentanément et vous donne rendez-vous très bientôt.

jeudi 5 janvier 2012

Seul dans le noir - Paul Auster



4ème de couverture :

 Contraint à l’immobilité par un accident de voiture, August Brill, critique littéraire à la retraite, s’est installé dans le Vermont chez sa fille Miriam, qui ne se remet pas d’ un divorce  vieux de cinq ans. Elle vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak d’un jeune homme parti pour Bagdad juste après leur rupture…
 Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l’assaillent, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n’aurait pas eu lieu et où l’Amérique ne serait pas en guerre contre l’Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s’interpénétrer comme pour interroger la responsabilité de l’individu vis-à-vis de sa propre existence et vis-à-vis de l’Histoire. Allégorie puissante et inspirée, Seul dans le noir établit un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et le questionnement de Paul Auster quant à l’étrangeté des chemins qu’emprunte l’invention romanesque.

Mon avis :

Comme on dit « jamais deux sans trois » je m’attendais à un troisième coup de cœur. Eh bien non, c’est raté. Enfin je ne dis pas que je n’ai pas aimé mais j’ai été déçue.

Pourtant ça partait très bien. J’ai retrouvé pour un temps le Paul Auster que j’ai aimé dans mes deux précédentes lectures, son talent de conteur, sa façon de surprendre le lecteur et de toujours trouver ce petit quelque chose d’original qui fait que je n’arrive plus à me séparer de mon livre et surtout ce procédé d'histoire dans l'histoire. Tout ça je l’ai bien retrouvé à la lecture des deux premiers tiers du roman, c’est-à-dire la partie où August, seul dans sa chambre plongée dans l’obscurité, imagine une histoire, un monde parallèle au nôtre et un personnage qui fait la navette entre les deux mondes au point qu’on se demande si la fiction ne va pas prendre le dessus sur le réel et où, encore une fois, on laisse libre cours à son imagination. Voilà, c’est ça que j’aime chez Auster, sa capacité à nous faire participer à l’effort de création en même temps que lui (enfin là je parle pour moi notamment, je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde). Mais quand je le lis, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer une suite probable ou de nouvelles péripéties. Bref je construis ma propre histoire dans ma tête. Et ce qui m’a étonnée avec Seul dans le noir, c’est que d’habitude, Auster laisse son récit en suspens or que là pas du tout. Ce qui fait que là où précédemment je pouvais rester avec mes suppositions, mes hypothèses et ma suite imaginaire, ici je n’ai pas pu car Auster nous sert une fin à cette histoire imaginée par Brill et une fin à laquelle je ne m’attendais absolument pas. J’ai été bluffée !

Mais le soufflé n’a pas tenu car le tiers restant du livre m’a déçue.
Cette partie est consacrée à August Brill et à sa vie, notamment les malheurs qui ont frappé ses proches. Il nous rapporte également trois petites histoires qui lui avaient été contées par des amis. On retrouve tout au long du livre et à travers ces petites histoires la guerre comme thème récurrent : d’abord la guerre civile dans l’histoire imaginée par August, les différentes guerres dans lesquelles sont intervenus les USA à travers la vie d’August (bien qu’il n’ait participé à aucune d’entre elles), la seconde guerre mondiale et la guerre froide à travers les petites histoires, et bien sûr la guerre en Irak. On sent également une certaine critique à l’égard de la politique belliciste de George W.Bush.
Et puis on retrouve aussi de nombreux éléments biographiques de Paul Auster : le divorce, le séjour en France, le fait qu’Auster ait échappé à la guerre du Viêt-Nam comme Brill, le base-ball, le cinéma etc…
De plus, August Brill est handicapé, victime d’un accident de voiture, il a perdu l’usage d’une de ses jambes. Si je me souviens bien, le personnage principal de La nuit de l’oracle aussi a été victime d’un accident. Pourtant je n’arrive pas à trouver dans la biographie d’Auster d’éléments se rapportant à un accident. Et je n’arrive pas à penser qu’il s’agisse d’une coïncidence.
Pour conclure, ce fut une lecture agréable et enthousiasmante pour une partie, décevante pour l’autre car trop « banale » à mon goût. J’aime quand Auster me surprend et m’envoie dans des directions toujours plus inventives et originales. Alors quand il fait dans le « classique » et qu’il met de côté cette recette qui me fait tant saliver, forcément je suis déçue.
J’ai d’ailleurs cru comprendre, en lisant certaines critiques, que Brooklyn Follies était justement un livre plus « traditionnel » , ce qui me fait hésiter à le lire.
Mais la question ne se pose pas pour l’instant car le prochain Auster sur la liste est Le voyage d’Anna Blume. En espérant y retrouver le Auster que j’aime …


mercredi 28 décembre 2011

La femme sous l'horizon - Yann Queffélec



4ème de couverture :

Au cœur froid de la Lorraine, dans un manoir russe, vit un étrange clan: les Tarassévitch.
La petite Ilinka, privée de sa mère, qui est morte dans un accident, ne connaît là que silence et indifférence.
Pourquoi tant de mystères autour de sa naissance ? Au village on sait. Mais on se tait. On a juré.
Jusqu'au jour où Ilinka reçoit un signe du destin une lettre de sa mère, des mots vieux de treize ans. Un avertissement, une prémonition. Elle doit fuir à tout prix le manoir et sa malédiction…

Mon avis :

J’ai trouvé ce livre dans ma bibliothèque chez mes parents. Personne ne sait d’où il sort, je n’ai aucun souvenir de l’avoir acheté, mes parents non plus… Mystère …
Et puis bon, Yann Queffélec, je ne l’avais encore jamais lu, c’était l’occasion de le découvrir.
Et je n’ai pas été déçue de la découverte.

Ce roman m’a beaucoup rappelée Les Hauts de Hurlevent par son atmosphère si sombre, ses personnages si entiers et ses sentiments si forts.
Rien que le décor : un vieux manoir délabré près d’un lac au cœur de la forêt, où vit une famille d’aristocrates russes exilés. Il y fait très froid, la grand-mère, chef de famille, ne supportant pas le feu ni la moindre petite flamme.
Les habitants : la grand-mère acariâtre, méchante, ne vit qu’à travers ses souvenirs bons et mauvais. Elle maltraite tout son monde y compris ses deux fils. L’aîné, Vladimir, complètement sous l’emprise néfaste de sa mère, est alcoolique, violent et ne se remet pas de la mort de sa femme qui le rendait pourtant fou de jalousie jusqu’à en ressentir des pulsions de meurtre. Le cadet est un peu plus à l’écart mais reste d’une passivité déconcertante . Les petites-filles ne sont pas mieux loties, battues ou simplement ignorées, leur destin reste tragique à toutes les deux. On a beau essayer de prendre Tita (alias Ilinka), le personnage principal, en sympathie, c’est difficile tellement elle est … bizarre. Sa troublante ressemblance avec sa mère fait qu’elle suscite la haine de sa grand-mère et de Vladimir. Il semblerait qu’à travers Ilinka, ce soit sa mère qui revive, ce qui n’a pour d’autre effet que d’exacerber les rancoeurs que sa mère inspirait déjà.

Ce roman est d’une noirceur incroyable, l’atmosphère est glauque et glaciale. Yann Queffélec parvient à dresser le portrait de ses personnages avec beaucoup de force. On ne peut pas rester de marbre. Et encore une fois, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec les personnages d’Emily Brontë.
Le style est en plus vraiment agréable et assez poétique sans tomber dans l’excès. Les descriptions sont justes, intégrant les éléments de décor souvent caractéristiques du genre fantastique et traduisent ainsi vraiment bien l’atmosphère qui règne. Bref on s’y croirait.
Le seul reproche que j’ai à formuler est que l’on devine bien trop tôt le pourquoi du comment de l’intrigue et ça gâche un peu l’effet.
Sinon, j’ai vraiment beaucoup aimé et surtout pour les passages sur la jalousie (un des thèmes dominants de ce roman) magnifiquement bien traitée et qui m’ont particulièrement touchée. La haine et la violence sont également des thèmes qui, avec la jalousie, accompagnent le lecteur jusqu’au bout sans lui accorder aucun répit.
Si vous avez aimé Les Hauts de Hurlevent, il est fort probable que vous aimerez La femme sous l’horizon.


mercredi 21 décembre 2011

Feux d'été - Nuria Amat



Présentation de l’éditeur :

Dans l’exaltation combattante de la défense de Barcelone contre les militaires putschistes, en juillet 1936, la jeune anarchiste Valentina Mur fait la connaissance du militant des Jeunesses communistes Ramón Mercader, qui se rendra célèbre quatre ans plus tard en assassinant Trotski. Mais c’est d’un jeune bourgeois romantique, Artur, le cousin de Mercader, que Valentina tombe éperdument amoureuse. Elle remue ciel et terre pour le faire sortir des geôles clandestines staliniennes ou, accusé de collaboration avec les putschistes, il est torturé.
Dans une Barcelone bombardée quotidiennement, Valentina et Artur (qui vit caché) s’aiment, refont le monde, résistent. Leur amour croît, se développe dans une ville chaque jour plus meurtrie, acculée, encerclée par les forces de Franco. La jeune féministe anarchiste et le bourgeois qui rêve d’être poète se marient en secret. Et, alors qu’Artur est emprisonné, Valentina vient lui apprendre qu’elle est enceinte. La défaite des républicains est désormais certaine, les troupes de Franco avancent sur la Catalogne, et Barcelone. Avec des centaines d’autres détenus, Artur est utilisé comme bouclier humain pour protéger la retraite des communistes vers la France, tandis que Valentina tente, parmi des milliers de réfugiés, de gagner la frontière…

Mon avis :

Il se résume en 3 lettres : BOF.

Je crois que je n’avais encore jamais rien lu d’aussi plat niveau émotionnel. Je n’ai rien ressenti à aucun moment. Je n’ai pas du tout réussi à entrer dans l’histoire ni à m’approprier les personnages. Rien à faire.

Dès le début ça n’allait pas. La scène de rencontre entre Valentina et Artur est tellement mal racontée que je ne l’ai pas du tout trouvée crédible. Je n’ai pas du tout compris d’où sortait cette histoire d’amour, un coup de foudre ? Apparemment … mais je ne suis vraiment mais alors vraiment pas convaincue. Nuria Amat n’a pas su me toucher ni me faire rêver.

Je n’ai pas accroché aux personnages qui sont vraiment mal dessinés, l’auteur s’en tient à des grandes lignes : Valentina forte tête, anarchiste, féministe (à un point que c’en est énervant), guerrière et Artur l’intello bourgeois et … et je suis incapable de rajouter quoique ce soit, c’est pour vous dire à quel point les personnages ont été travaillés …
Ah oui … une petite chose : le titre original de ce roman en catalan (d’où le prix Ramon Llull qui consacre le meilleur roman écrit en langue catalane) est Amor i guerra, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi ça donne Feux d’été en Français ? Surtout que j’ai cru comprendre que Nuria Amat s’était inspirée de Guerre et Paix de Tolstoï pour l’écriture de son roman. Influence que l’on retrouve donc dans le titre original. N’ayant pas lu Guerre et Paix, je ne peux pas dire jusqu’où s’exprime cette influence, mais je peux vous dire que ça ne me donne pas du tout envie de lire Guerre et Paix !

A côté de cette pseudo histoire d’amour entre Artur et Valentina, on a d’autres personnages tout aussi peu charismatiques, la sœur d’Artur, petite bourgeoise promise à une belle vie bien pépère, naïve et franchement neuneu qui va finalement s’engager dans la guerre comme infirmière pour suivre le connard dont elle est tombée amoureuse.
Et là, on arrive aux deux seuls points intéressants de ce livre : le connard en question et le contexte.

Le connard : il s’agit de Ramon Mercader qui n’est autre que l’assassin de Trotsky. D’après mes recherches sur la toile, Nuria Amat est apparentée à la famille de ce monsieur et s’est basée sur l’histoire familiale pour écrire son roman. D’un autre côté, j’ai lu dans un autre article, qu’elle avait romancé beaucoup de choses. Alors voilà, c’est bien, on apprend des trucs sur Ramon Mercader ( et j’avoue, j’ignorais qui était ce monsieur avant d’ouvrir ce livre) mais du coup on ne sait plus quelle est la part de vérité et quelle est la part de romancé… Alors pourquoi j’utilise un terme aussi grossier pour le qualifier ? C’est tout simplement ce qu’il en ressort du portrait qu’en fait l’auteur : un type pas très futé à la base, qui obéit aveuglément à sa fanatique de mère, qui se comporte comme un vrai macho, bref…

Le contexte : la guerre civile espagnole. Je ne connaissais que très vaguement cet épisode de l’Histoire de nos voisins espagnols et je reconnais que j’en sais dorénavant un peu plus grâce à cette lecture. A vrai dire, j’ignorais totalement quelle ampleur avait pris cette guerre civile et je suis vraiment choquée de constater qu’encore une fois l’être humain est capable de la bêtise et de la cruauté les plus abjectes. Il ressort assez bien aussi de ce roman la volonté de l’auteur de rendre hommage à la Catalogne et aussi ce sentiment indépendantiste de cette région bien particulière.

Peut-être que je me trompe mais j’ai l’impression que finalement l’histoire d’amour n’était qu’un prétexte bidon pour écrire sur la guerre civile. Je pense que Nuria Amat aurait, dans ce cas, mieux fait de s’en tenir à la rédaction d’un essai sur le sujet, cela aurait en plus mieux convenu à son style que le genre romanesque. Car en effet j’ai trouvé son style froid et journalistique. Oui voilà ! C’est le mot, en lisant ce livre j’ai eu l’impression de lire le journal.
Un journal assez confus par endroit, ne serait-ce que pour s’y retrouver au sein de la famille Mercader, un arbre généalogique n’aurait pas été superflu …
J’ai toutefois apprécié les petites biographies placées en fin d’ouvrage et aussi le clin d’œil fait à George Orwell qui fait une brève apparition. J’ai trouvé ça surprenant mais sympathique (j’ignorais aussi qu’il avait participé à la guerre civile).

Pour conclure, voilà encore un roman intéressant pour le côté documentaire mais franchement navrant pour la part romanesque. C’est dommage …

Je remercie le site News Book et les Editions Robert Laffont pour m’avoir offert ce partenariat.

mardi 20 décembre 2011

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee



4ème de couverture :

Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.
Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis -, connut un tel succès. Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ?
C’est que, tout en situant son histoire en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.
Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Mon avis :

J’ai été surprise tout d’abord car je pensais entrer directement dans le vif du sujet or Harper Lee prend tout son temps pour bien nous faire entrer dans l’histoire et faire connaissance avec les personnages. Et j’ai adoré ce début de roman qui finalement met en place le décor, les protagonistes et qui, s’il semble être en décalage avec l’intrigue principale qui est le procès, est en réalité un socle essentiel pour comprendre la fin et ajouter à l’émotion.
J’ai donc beaucoup aimé suivre les enfants dans leurs jeux, me demander avec eux qui étaient ces gens qui vivaient enfermés dans l’obscurité de leur maison délabrée. Cela m’a rappelé des souvenirs d’enfance où à cet âge-là on trouve toujours dans son quartier une maison « hantée » ou un voisin qui fait peur.
Je suis impressionnée par le talent de conteuse de Harper Lee qui réussit à se mettre dans la peau d’une enfant : Scout que j’ai trouvée terriblement attachante. Impertinente, curieuse, débrouillarde, intelligente et bagarreuse, Scout est un véritable garçon manqué et ce fut un plaisir pour moi que de suivre ses péripéties à travers son regard de petite fille.
J’ai beaucoup aimé aussi son père Atticus, un homme droit, honnête, tendre, cultivé.
Ils sont d’ailleurs un peu trop parfaits ces personnages. Je n’ai pas réussi à leur trouver de défauts.
Finalement, peu de place est accordée au procès en lui-même mais l’essentiel se situe plutôt dans l’analyse des comportements des différents protagonistes face à cette situation.
Nous sommes dans un Etat sudiste où les Noirs n’ont aucun droit et ne bénéficient d’aucune considération sauf à de rares exceptions.
Lorsque l’affaire Tom Robinson éclate, parce qu’il est Noir toute la ville est persuadée de sa culpabilité. On reproche à Atticus, bien qu’il soit commis d’office, de vouloir le défendre de son mieux. Les enfants doivent affronter les quolibets de leurs camarades de classe et la violence des adultes. Mais tous tiennent bon grâce à l’espoir.
Ce roman est une ode à la tolérance, à l’espoir et aux rares personnes qui osent se lever contre l’injustice et contre la majorité.

« ‎- Atticus, tu dois te tromper... ?
- Comment cela ?
- Eh bien, la plupart des gens semblent penser qu'ils ont raison et toi non ...
- Ils ont tout à fait le droit de le penser et leurs opinions méritent le plus grand respect, dit Atticus, mais avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l'individu. »

Difficile pour moi d’en dire davantage sans spoiler alors je vais m’en tenir là.
Je ne rajouterai que ceci : j’ai lu ce livre d’une traite, je n’arrivais plus à le poser. Il est riche en émotions, j’ai ri et pleuré, bref c’est un véritable petit bijou.
A ceux qui ne l’ont pas lu, n’hésitez plus.