lundi 30 juillet 2012

Spin - Robert Charles Wilson



4ème de couverture :

Une nuit d'octobre, Tyler Dupree, douze ans, et ses deux meilleurs amis, Jason et Diane Lawton, quatorze ans, assistent à la disparition soudaine des étoiles. Bientôt, l'humanité s'aperçoit que la Terre est entourée d'une barrière à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. La Lune a disparu, le Soleil est un simulacre, les satellites artificiels sont retombés sur terre. Mais le plus grave, c'est qu'à la vitesse à laquelle vieillit désormais le véritable Soleil, l'humanité n'a plus que quelques décennies à vivre...
Qui a emprisonné la Terre derrière le Bouclier d'Octobre? Et s'il s'agit d'extraterrestres, pourquoi ont-ils agi ainsi ?

Mon avis :

Voilà qu’encore une fois j’ai voulu suivre la majorité et j’ai été déçue.
Car oui, à en lire les critiques sur ce livre, il serait un « must », une perle de la SF digne des plus grands.
Euh… un « must » de l’ennui mortel je dirais plutôt …
Ce roman est long, très long, le côté SF ne sert que de décor et de prétexte à une histoire banale et sans intérêt entre trois personnes toutes aussi banales et sans intérêt.
C’est dommage, l’idée était originale et la 4ème de couverture est assez alléchante. Et pourtant ça traîne en longueur, il faut vraiment attendre les cent dernières pages pour avoir le fin mot de l’histoire.
J’ai trouvé que ce roman abordait des tas d’aspects intéressants mais en ne faisant que les survoler et tout ça pour s’engluer dans le récit ennuyeux de la vie de trois amis que l’on suit de l’enfance à l’âge adulte avec pour toile de fond cette histoire de bouclier.
Même le côté apocalyptique est bâclé, les réactions des gens face à cette fin du monde si proche sont survolées, le récit reste trop centré sur le personnage principal et en oublie les deux autres, surtout la sœur qui, pourtant, aurait pu amener à une véritable description des élans mystiques et religieux dans ce contexte particulier. De plus, tous les autres aspects possibles des réactions humaines, hormis le suicide, ont été écartés. Quant à la psychologie des personnages, elle est brossée de façon très grossière et peu approfondie.
Je ne sais donc absolument pas ce qu’a voulu faire l’auteur ni où il a voulu en venir. Je suis bien incapable de dégager une « morale » ou même un axe de réflexion suite à cette lecture.
Certains passages scientifiques m’ont agacée, j’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à faire de l’étalage de connaissances et à impressionner son lecteur. Le parti pris pro-américain de Wilson est aussi trop voyant, comme par hasard, à chaque fois qu’un lancement de fusées connaît des problèmes, c’est toujours du côté des français. J’ai trouvé que le reste du monde était un peu trop effacé également. Désolée, mon côté chauvin s’insurge !
Donc voilà, je n’ai pas du tout aimé ce roman, long, ennuyeux et surtout aucune profondeur dans les thèmes abordés.
Quand je lis un roman de SF , j’ai besoin de rêver, qu’on me fasse voyager, qu’on me surprenne et qu’on me fasse réfléchir. Et ça n’a pas été du tout le cas ici.


vendredi 20 juillet 2012

Du côté de chez Swann - Marcel Proust



J’ai mis longtemps à me décider à me lancer dans Proust. Evidemment, la réputation d’un style difficile qu’on lui attribue y était pour beaucoup dans mes réticences.
Et puis Marie s’est lancée le défi de relire toute la Recherche et j’ai décidé de l’accompagner, à la différence que, pour moi, il s’agissait d’une complète découverte.
Après m’être renseignée sur comment aborder le premier volume de cette œuvre « difficile », j’ai pris l’initiative de ne pas lire les trois parties dans l’ordre de présentation mais de commencer par la 2ème partie intitulée « Un amour de Swann » .

Pourquoi commencer par là ?
Tout simplement parce que j’ai pu lire que ce récit était le plus célèbre et le plus étudié de ce premier tome de la Recherche et aussi voire surtout, parce qu’il y est question de jalousie amoureuse. Moi qui suis d’une jalousie et d’une possessivité maladive, je voulais voir comment Proust traitait le sujet.
Et j’ai donc découvert certes un style assez lourd au premier abord mais auquel on finit par s’habituer y trouvant même une certaine musicalité. Le récit est parfois plein d’humour et je me suis surprise à rire par endroits.
Swann est un homme à femmes, je dirais même un « consommateur » de femmes. Cela jusqu’à ce qu’il rencontre Odette de Crécy, qu’il trouve tout d’abord quelconque mais dont il finit par tomber fou amoureux, fou au point d’en éprouver une jalousie sans bornes. Swann ne supporte plus les moments passés sans Odette se torturant l’esprit à imaginer les endroits où elle peut se trouver, ce qu’elle y fait et surtout avec qui. Car Swann apprend que sa chère Odette a tendance à batifoler à droite et à gauche.
Et Proust de décrire avec une incroyable justesse les sentiments et les tourments de Swann. Je me suis complètement reconnue dans ces descriptions et cette analyse psychologique d’une incroyable finesse et pleine de poésie de la souffrance que peut endurer une personne jalouse, de ses tiraillements entre paranoïa et tentative de se rassurer et de se raisonner.
Proust a un talent immense pour exprimer des choses toutes simples. Moi-même j’ai beaucoup de difficultés à expliquer ce que je ressens lors d’une crise de jalousie, colère, souffrance, frustration, sentiment d’abandon mais Proust, lui, le fait avec tant de facilité que c’en est un régal de lecture.

J’ai poursuivi ma lecture avec « Combray », la première partie. J’y ai fait connaissance avec le narrateur, sa famille, la maison de son enfance. Et c’est fou à quel point j’ai été transportée en cet endroit, presque à y ressentir des odeurs de bois. Les souvenirs du narrateur ont ravivé les miens. Bref les odeurs de la maison de ma grand-mère me sont revenues et c’est un peu ironique dans un sens. Car là où le souvenir d’une odeur a réveillé ma mémoire, chez le narrateur il s’agit en fait du goût. Eh oui, le célèbre passage de la madeleine ! Là encore, Proust est parvenu à mettre en mots d’une façon très fine des sensations qu’il est pourtant difficile de décrire. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire profiter de ce passage que j’ai trouvé sublime :

« Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »

De même que les descriptions de la maison, l’évocation des longues promenades en famille à travers la campagne m’ont également rappelé les miennes ainsi que l’évocation des aubépines (qui me fascinaient tant lorsque j’étais gosse). Proust a réussi à me faire revivre, à travers son narrateur, des épisodes quasi oubliés de ma propre enfance.
J’ai adoré aussi ses différents personnages très fouillés, la vieille tante et ses manies, Françoise la domestique qui peut être aussi gentille que cruelle ( et qui m’a vraiment laissée perplexe !), Legrandin et ses airs supérieurs…
Je n’ai pas regretté mon choix de lire les parties dans le désordre. En effet, j’ai apprécié de pouvoir comprendre certaines des allusions que fait le narrateur au sujet de Swann, allusions qui me seraient restées totalement hermétiques si j’avais lu « Combray » en premier. Et d’autre part, j’ai aussi eu la surprise d’apprendre ce qu’il en était de la situation familiale de Swann et de ce qu’il était advenu de sa relation avec Odette, seulement après avoir lu « Un amour de Swann ». J’aime le suspense et du coup, en procédant ainsi, le suspense était conservé.

Enfin, la troisième partie ne m’a laissé que peu de souvenirs en comparaison des deux autres. On y assiste à la naissance des premiers émois amoureux du narrateur. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler. J’ai quand même bien hâte de connaître la suite.

En résumé, j’ai plus que savouré cette lecture. J’en avais très peur au départ mais, une fois habituée au style, ce fut un vrai bonheur. Comment ne pas être séduite par cette plume si poétique, délicate et pleine de justesse dans le rendu des sentiments ? Comment rester insensible à cette plongée en douceur dans les méandres de la psychologie humaine ?
Proust, c’est comme sa madeleine, ça se déguste, ça se savoure tout doucement. C’est une lecture exigeante mais qui offre à celui qui en fait l’effort des moments de lecture exquis.

Et l'avis de Marie, c'est ici.

jeudi 19 juillet 2012

La servante écarlate - Margaret Atwood



4ème de couverture :

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Mon avis :

Une atmosphère glauque et malsaine, je me suis sentie mal à l’aise tout au long de ma lecture.
Ce roman est dérangeant, choquant, révoltant surtout lorsqu’on est une femme.
Nous sommes aux Etats-Unis dans un futur très étrange puisque, suite au renversement du gouvernement, le pouvoir qui s’installe prend des mesures très particulières qui plongent le pays dans une forme d’obscurantisme qui n’est pas sans rappeler celui que connaissent déjà certains pays de notre monde actuel. Je fais bien évidemment allusion à ces états qui au nom d’une forme extrême de la religion imposent à leurs concitoyens des conditions de vie honteuses qui bafouent la liberté et l’égalité entre hommes et femmes.
Le thème principal de ce roman se concentre justement sur le statut de la femme dans ce genre de sociétés. Dans ce monde dystopique imaginé par Margaret Atwood , il ne fait pas bon être une femme. La femme y est réduite à un simple utérus, ou alors une simple bonne à tout faire ni plus, ni moins. Ou tout du moins, cela dépend fortement de son rang social. Dans ce monde, les femmes sont en majorité stériles, les rares qui le soient encore sont condamnées à devenir des « servantes », elles vont de maison en maison afin de donner un descendant à chaque famille. Car oui, bien sûr, il est hors de question de perpétuer l’espèce humaine autrement que par la voie naturelle. Ainsi monsieur se doit régulièrement de besogner sa servante et tout ceci lors d’un rituel orchestré dans les moindres détails auquel l’épouse doit assister et même contribuer.
C’est à vomir !
On suit ainsi l’histoire de Defred, une jeune femme qui, du jour au lendemain, s’est vue dépossédée de tous ses droits et même de sa famille. Incarcérée dans un « centre de formation », elle y est endoctrinée afin de devenir une « servante ». Elle est ensuite placée chez un couple de haut rang qui désire un enfant. Defred nous raconte tout ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent, se souvient de sa vie d’avant. Le texte est narré à la première personne et on se sent complètement immergé dans sa vie, on s’identifie à elle et le dégoût que l’on ressent n’en est que plus fort.
J’ai été révoltée par l’histoire de Defred, par le comportement du Commandant, cet homme stupide chez qui elle a été envoyée, cet homme qui semble complètement indifférent à la situation, comme si tout était normal. J’ai aussi été choquée par le peu de solidarité féminine, entre ces femmes stériles qui semblent jalouser et mépriser les « servantes » les traitant comme des femmes de petite vertu. L’épouse du Commandant m’a beaucoup touchée. Sous sa froideur, on sent son désespoir mais aussi son impuissance. Elle m’a laissée perplexe une bonne partie du roman. C’est peut-être le seul reproche que j’aurais à faire. J’aurais souhaité savoir ce qu’il se passait dans la tête de ces épouses, connaître leurs pensées, leurs émotions. Le parti pris de l’auteur d’utiliser la première personne pour la narration nous enlève cette partie de la psychologie des personnages et c’est un peu dommage même si on en a quand même un aperçu.

A travers donc ces portraits de femmes, Margaret Atwood nous dépeint cette société qu’elle a créée, ces codes, ces règles toutes plus abjectes les unes que les autres inspirées de certaines bien réelles et qui sont effectivement en vigueur dans notre monde à nous …


J’ai trouvé ce roman incroyablement fort, tant en émotions, par la noirceur de celles-ci, que par l’écriture que j’ai trouvée sublime et raffinée. Je me suis prise une vraie claque, tout est si réaliste et si proche par certains aspects de ce que nous, femmes occidentales, ne connaissons qu’à travers les médias.
En lisant ce roman , on ne peut s’empêcher de penser à nos sœurs qui n’ont pas notre chance et qui subissent si injustement le joug des hommes et de leur fanatisme. Ce roman leur rend hommage et nous rappelle que nous avons encore un long chemin à parcourir dans la lutte pour les droits de la femme.

Un roman sublime et bouleversant à lire absolument.


lundi 9 juillet 2012

Les enfants d'Icare - Arthur C. Clarke



4ème de couverture :

La Guerre Froide, Russes et Américains se livrent une âpre compétition : quelle sera la première nation à conquérir l’espace ? Aucune car, à la veille du décollage des premières fusées, l’impensable survient. De gigantesques vaisseaux envahissent la Terre.
Et l’Humanité trouve ainsi une réponse à l’une de ses plus cruciales questions : elle n’est pas seule dans l’Univers .
Une fois débarqués, les Suzerains ne tardent pas à imposer leur volonté de procéder à un désarmement général, de guérir la maladie, d’endiguer la faim et la misère. C’est un nouvel âge d’or qui commence. Mais …un doute terrible subsiste. Peut-on réellement faire confiance à une race qui refuse de se montrer ? Les Suzerains n’auraient-ils pas un but caché ?

Mon avis :

Le roman qui a inspiré une des séries TV qui ont marqué ma jeunesse, il suffit de lire le résumé pour faire le rapprochement, je parle bien sûr de la série « V » dont j’étais totalement fan étant gamine.
Je m’attendais donc à du déjà-vu et c’est là que j’ai été surprise car, si en effet le point de départ du roman a été repris pour la série, le développement, lui, reste totalement différent.
Comment réagirait l’Humanité face à l’arrivée inattendue d’une civilisation extra-terrestre ? Que faire surtout lorsque cette dernière reste totalement silencieuse sur les raisons de sa présence sur Terre et refuse de se montrer ? Avec le temps, les humains finissent par accepter cette domination étrangère et continuent leur vie. Certains restent indifférents, d’autres enthousiastes, mais quelques-uns sont curieux et cherchent les réponses à leurs questions et sont prêts à tout pour les obtenir. Jan Rodrick décide de s’embarquer clandestinement à bord d’un vaisseau suzerain.
L’intrigue est donc particulièrement originale mais en revanche la façon dont c’est traité … mais quel ennui ! Le style est plat, creux, sans aucun relief, aucune émotion, c’est vraiment dommage. Impossible de s’attacher à un personnage en particulier puisqu’il n’y a pas vraiment de personnage principal. On ne se sent pas du tout impliqué dans l’histoire, le lecteur reste spectateur et complètement passif, on a la sensation de survoler ce récit beaucoup trop court alors que l’intrigue est d’une extrême richesse.
Il n’y a pas de suspense, pourtant ce ne sont pas les occasions qui manquent mais l’effet tombe à plat à chaque fois. Je ne sais même pas pourquoi je parle d’effet puisqu’il n’y a même pas de tentative de produire un quelconque effet. Le journal régional me procure plus de sensations.
Je ne sais pas ce que donne 2001 L’odyssée de l’espace, le grand succès de l’auteur mais si c’est écrit de la même façon, je vais passer mon chemin.
Pour moi ce roman est un immense gâchis, je l’ai trouvé complètement bâclé, voir un tel potentiel qui part en fumée comme ça, j’enrage !
A lire quand même car l’histoire vaut le détour mais ne pas s’attendre à vibrer d’émotions.

La Nef des fous - Richard Paul Russo



4ème de couverture :

L’Argonos est un monstre de métal. Un vaisseau démesuré qui nourrit en son sein des milliers d’êtres humains depuis des générations. Nul ne sait plus dans quel but, nul ne sait plus pour quelle destination. L’Argonos erre d’étoile en étoile, mais pour y trouver quoi ? Bartolomeo Aguilera est un monstre de chair. Contrefait, sans bras, enferré dans un exosquelette, mais doté d’une intelligence hors du commun. Conseiller du capitaine Nikos Costa, il sera ses yeux au sein de l’équipe d’exploration d’Antioche, une planète depuis laquelle l’Argonos a capté une transmission probablement humaine. Une colonie ? Sans doute. Mais aussi un carnage, des centaines de corps pendus à des crochets comme de vulgaires morceaux de viande. Que s’est-il passé sur Antioche ? Pourquoi une telle atrocité ? Et surtout commise par qui ?

Mon avis :

Gros coup de cœur pour ce space opera qui m’a tenue en haleine du début à la fin. J’ai rarement été dans un tel état de stress en lisant un livre, j’ai été sous tension tout au long de ma lecture, on peut dire que Richard Paul Russo sait jouer avec les nerfs et le palpitant de ses lecteurs.
Le tour de force de l’auteur est d’avoir su créer un climat de peur psychologique, on ne sait absolument pas ce qui va se passer, on a peur mais on ne sait même pas de quoi, la peur de l’inconnu dans toute sa splendeur.
J’étais pourtant sceptique au début de ma lecture mais une fois dedans je n’ai pas boudé mon plaisir.
Si vous aimez la série Stargate Universe, il y a des chances pour que ce roman vous plaise. Le concept de base est assez semblable, un vaisseau qui voyage à l’aveuglette de planète en planète pour se ravitailler et éventuellement trouver d’autres traces de vie humaine.

Imaginez un immense vaisseau transportant à son bord les derniers survivants de la Terre, des milliers d’êtres humains n’ayant connu que ce vaisseau depuis des générations, un vaisseau certes bien équipé puisqu’on y trouve d’immenses salles recréant les paysages terrestres, néanmoins on comprend facilement que ces gens ne supportent plus ce confinement et cherchent désespérément à fonder une colonie sur une planète viable afin de jouir enfin d’un milieu naturel et non artificiel comme ils l’ont toujours connu.
Ils pensent avoir trouvé leur bonheur lorsqu’ils tombent sur la planète Antioche mais celle-ci et l’espoir qu’elle aura réveillé en eux va les mener à bien autre chose. Et c’est à partir de là que les choses sérieuses vont commencer, on dévore les pages une à une avec avidité.

J’ai beaucoup aimé aussi les conflits entre les personnages, leurs doutes et leurs questionnements. On est vraiment plongé au sein de ce microcosme particulier, au sein d’une société totalement différente où une seule religion subsiste, où tous doivent cohabiter ensemble et où l’on s’aperçoit que, malgré ça, il est toujours aussi difficile d’accepter la différence, de même qu’il est difficile de garder intacts sa Foi et ses convictions.

 Entre intérêt personnel et bien collectif, les personnages devront trancher. Russo nous amène à penser comme les habitants du vaisseau et on se prend au jeu.

mercredi 20 juin 2012

Les monades urbaines - Robert Silverberg



4ème de couverture :

En l'an 2381, la Terre porte soixante-dix milliards d'êtres humains dont la devise est : Croissez et multipliez. Ils habitent des tours de mille étages, les monades urbaines, et jouissent d'une totale liberté sexuelle. Ils ne quittent jamais leurs villes verticales et explorent rarement un autre étage que le leur. Ils vivent l'utopie, la promiscuité, le bonheur.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné. Qui est incurable est exécuté.
 Micael, l'électronicien, rêve pourtant de la Terre du passé, de l'océan, de la nature qu'il a découverts à travers un film vieux d'un siècle. Il fuit.
Et Jason, l'historien, armé par son savoir contre tous les tabous anciens, redécouvre de son côté un sentiment proscrit, la jalousie.
Les monades urbaines constitue le chef-d'oeuvre incontesté de Robert Silverberg, l'un des plus célèbres et des plus féconds des écrivains américains de science-fiction. Il y peint dans le moindre détail un monde de l'avenir, séduisant, terrifiant, vraisemblable.


Mon avis :

Silverberg a imaginé pour nous une solution à la surpopulation de notre planète : exploiter la 3ème dimension de l’espace : la verticalité.
Cette solution, on en voit déjà quelques ébauches à notre époque actuelle mais Silverberg va beaucoup plus loin. Toute la population est entassée dans d’immenses tours de 3 kms de hauteur et pouvant contenir plus de 800 000 personnes, 1000 étages répartis en cités portant le nom de villes de l’ancien monde. Chaque cité correspond à une catégorie socio-professionnelle précise. Les tours sont autonomes en énergie et sont pourvues de tous les équipements nécessaires à la vie sociale : logements, usines, salles de sport, de concert, écoles, cabinets médicaux etc…
Mais pour ceux qui, comme moi, connaissent la vie en appartement, on sait que vivre ainsi dans une certaine promiscuité engendre quelques tensions. Pour les hommes de 2381, ces tensions ne sont pas tolérables car néfastes à la fécondité et à l’accroissement de la population. Il faut donc éviter au maximum toutes sources de conflits, de frustration ou de mécontentement. Et c’est tout un mode de vie, toute une culture qu’imagine Silverberg, avec ces codes, ces mœurs et quiconque ose les remettre en question ou s’en écarter est impitoyablement condamné à mort.

Le roman se découpe en plusieurs chapitres consacré chacun à un personnage en particulier. On les suit dans leur vie, dans leur intimité et on découvre à travers eux cette mentalité et ces mœurs qui nous semblent totalement incroyables mais qui, pour ces hommes de 2381, sont tout à fait naturelles.
Bien que dans les premiers chapitres, tout semble aller parfaitement, les personnages nous paraissent heureux et satisfaits de cette vie urbaine particulière mais peu à peu, au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, certains doutent et se découvrent des traits de caractère et des ambitions en contradiction avec ce mode de vie qu’ils connaissent pourtant depuis leur naissance et qu’ils pensaient avoir accepté.
De là la question que se pose Jason, l’historien. Ce changement de culture fonctionne-t-il parce que lié à un conditionnement psychologique ou a-t-il été, au fil des siècles, inscrit dans les gènes ? Les remises en question de certains des personnages semblent répondre à la question. Jalousie et rêve d’évasion hantent les esprits de certains qui vont jusqu’à oser sortir de la tour pour partir à la découverte du monde extérieur.
Dehors, Micael croise ceux à qui a été confiée la tâche de produire la nourriture des citadins. Leur mode de vie se rapproche du nôtre et Micael est confronté au choc des cultures.

J’ai été totalement bluffée par l’imagination de Silverberg, inventer une nouvelle civilisation d’où est bannie la propriété sous toutes ses formes, où on ne se pense plus en tant qu’individu à part entière mais comme partie intégrante d’un tout, où personne ne souffre de froid ni de faim malgré une population de plus de 70 milliards, où la criminalité a totalement disparu, cela semble être le paradis, LA solution idéale à tous les maux que connaît notre société actuelle.
Mais pourtant sous couvert d’utopie hippie ( contexte d’écriture oblige) bien visible à travers des concepts comme la liberté sexuelle, l’usage de drogues et l’absence de toute propriété, il n’empêche que persistent, dans cette nouvelle société, la sempiternelle lutte des classes entre classes inférieures logées en bas de la tour et classes dirigeantes logées au sommet, et avec elle, ambitions professionnelles, volonté d’ascension sociale et souci du paraître. L’individualisme n’est pas complètement mort.
Mais sommes-nous capables de vivre dans ces conditions ? Peut-on museler ce qui fait partie intégrante de notre humanité au profit de la vie en société ? Inversement, comment concilier les deux ? Voilà des questions parmi tant d’autres que soulève ce roman, un roman intemporel bien qu’écrit en 1971 et qui restera longtemps d’actualité.

J’avoue avoir englouti ce récit en quelques heures, bien que certains chapitres soient moins passionnants que d’autres ( j’ai sauté des lignes notamment dans celui concernant le musicien qui, à mon avis, n’apporte pas grand chose à l’ensemble excepté peut-être de montrer le mépris que peuvent ressentir les classes sociales entre elles). Après L’homme programmé, je suis à nouveau conquise par cet auteur. Heureusement pour moi, il a une bibliographie bien fournie, de quoi me régaler encore pendant un bon moment.


samedi 9 juin 2012

Sur la route - Jack Kerouac




Résumé :

Sur la Route est le livre clef de la beat generation. C'est le récit des errances de l'auteur (Jack Kerouac porte le pseudonyme de Sal Paradise) sur les routes américaines. Voyageant en auto-stop, logeant chez qui l'accepte, partageant femmes et alcool avec des amis d'un jour, Kerouac s'abandonne à la loi du hasard, à la recherche d'une fraternité réelle. Sur la route est le compte rendu de cette quête, de ses moments d'euphorie, mais aussi de ses passages à vide et ses échecs.

Mon avis :

Avec la sortie du film, l’exposition qui lui est consacrée, on ne peut pas passer à côté du célèbre Sur la route de Kerouac et lorsque le livre a enfin été choisi pour le club de lecture de Babelio, je me faisais une joie de découvrir enfin le chef d’œuvre dont on parle tant et qu’on encense à ce point. J’ai donc pris place à bord en compagnie de Sal, Dean et les autres.

Eh bien la déconvenue fut à la hauteur de mon enthousiasme initial au point que je me suis arrêtée au km 386 , impossible d’aller plus loin et de poursuivre le trajet sans prendre le risque de devoir stopper sur le bas-côté en catastrophe afin de déverser dans le fossé le contenu de mon estomac.
Autant j’adore voyager, autant là je préfère rentrer chez moi plutôt que de perdre mon temps en si mauvaise compagnie.
Je vais probablement m’attirer les foudres de certains mais peu importe ( « je m’en fous » comme dirait Sal) mais je ne comprends absolument pas l’engouement que suscite ce livre et encore moins qu’il soit devenu un monument de la littérature. Qu’il soit emblématique d’une génération, à la rigueur, ok, mais je me sens à des milliards d’années lumière de la mentalité de cette génération.
D’ailleurs, elle me rappelle drôlement la société actuelle qui fait l’apologie de la beaufitude et de la vulgarité.
Alors donc forcément, je n’ai pas pu être sensible aux pérégrinations de cette bande de loosers qui se prennent pour des pseudos-rebelles et s’imaginent qu’être libre, c’est passer son temps à se bourrer la gueule, se marier et divorcer toutes les 5 minutes, disperser sa semence et faire des gosses aux 4 coins du pays, se droguer, voler, j’en passe et des meilleures … Si c’est ça vivre sa vie intensément, alors je dois avoir un gros problème existentiel.
Je veux bien croire qu’être libre c’est s’affranchir de toute contrainte, toute responsabilité, de faire fi des limites et des lois qu’on nous impose. Mais le faire de cette façon-là, je trouve ça plutôt destructeur et sans aucun intérêt. Qu’est-ce que ça apporte ? Je me suis demandée à plusieurs reprises si Sal et Dean étaient vraiment heureux de mener cette vie. Quand je constate comment Kerouac a fini sa vie, je n’en ai pas l’impression. En tout cas, je n’ai pas du tout la même philosophie de vie quitte à passer pour une coincée ou une « has-been » (rien qu’en utilisant ce terme, je dois en être une, non ?). En parlant de philosophie, les babillages sans queue ni tête de Dean m’ont franchement fait rire. Comme quoi, il ne suffit pas de lire les philosophes pour en être un.
On dit que les voyages forment la jeunesse mais je ne crois pas que ce voyage-là ait formé quoique ce soit. Bon, c’est dommage, j’aimais bien regarder les paysages défiler derrière ma vitre et je reconnais avoir pris du plaisir à lire tout le passage où Sal voyage seul mais dès que Dean réapparaît, c’est fini …
Je préfère donc descendre en cours de route pour incompatibilité d’humeur et continuer mon chemin seule à ma façon et je sais que de beaux moments m’attendent pour me faire oublier cette pénible mésaventure.